La méthode IRIP, présentée dans Cartographier le ruissellement pour mieux gérer la pluie, a été conçue pour fonctionner à l'échelle nationale, à partir de modèles numériques de terrain au pas de 25 ou de 5 mètres. À cette résolution, les éléments qui structurent le ruissellement urbain restent invisibles : une bordure de trottoir de quinze centimètres, un caniveau, un ralentisseur, un seuil de porte. Or c'est précisément à cette échelle, celle de la rue, que se jouent concrètement les inondations par ruissellement. La méthode qui éclaire le zonage à l'échelle du bassin ne suffit donc pas là où l'aménagement se décide vraiment, et c'est le LiDAR qui lève cet obstacle.

Le LiDAR ramène les chemins de l'eau à l'échelle de la rue

Des approches plus récentes reprennent la décomposition production, transfert, accumulation de l'IRIP, mais l'adaptent au milieu urbain en exploitant les modèles numériques de terrain issus du LiDAR. Le programme LiDAR HD de l'IGN met désormais à disposition un MNT au pas de cinquante centimètres, en cours de couverture sur l'ensemble du territoire hexagonal et des départements et régions d'outre-mer. À cette finesse, les chemins de l'eau réapparaissent.

Le traitement s'appuie pour cela sur les géomorphons, ces formes élémentaires du terrain proposées par Jasiewicz et Stepinski (2013), qui classent chaque point du relief en une dizaine de catégories, plat, sommet, crête, épaulement, éperon, versant, vallon, bas de versant, vallée, dépression. Cette grammaire de formes capte la microtopographie qui échappait au pas métrique et révèle, à l'échelle de la rue, les cuvettes et les axes de transfert où l'eau s'engouffre. Ce que le pas de 25 mètres lissait en une pente moyenne uniforme se résout alors en un réseau fin de fils d'eau, de points bas et de ruptures, c'est-à-dire en la géographie réelle sur laquelle se posent les bordures, les seuils et les dispositifs d'infiltration.

La carte arme la décision, elle ne la remplace pas

L'outil le plus fin ne décide de rien à la place des habitantes et des habitants ni de leurs collectivités. Il dessine la géographie du risque ; il revient à la délibération publique de choisir où désimperméabiliser, où protéger, où renoncer à construire. Cette division est délibérée : la carte objective ce qui, jusque-là, restait affaire de dire d'expert ou de mémoire locale, et rend discutable en public un savoir qui restait confiné dans les bureaux d'études. Elle ne tranche pas pour autant les arbitrages, car décider où porte l'effort quand les moyens sont comptés, quel quartier passe avant un autre, quelle parcelle devient inconstructible, relève d'un choix politique que nulle donnée ne dispense de faire. La carte arme la décision ; elle ne la remplace pas.

Références

  • JASIEWICZ, Jarosław et STEPINSKI, Tomasz F., 2013. Geomorphons : a pattern recognition approach to classification and mapping of landforms. Geomorphology, vol. 182, p. 147-156.
  • LAGADEC, Lilly-Rose, PATRICE, Pierre, BRAUD, Isabelle et al., 2016. Description and evaluation of a surface runoff susceptibility mapping method. Journal of Hydrology, vol. 541, partie A, p. 495-509.
Voir aussi - [Cartographier le ruissellement pour mieux gérer la pluie](/eau-en-ville/cartographier-le-ruissellement) : la méthode IRIP et le passage au zonage pluvial - [De l'aléa temporel à l'aléa spatial](/comprendre/risques-lies-a-l-eau-de-l-alea-temporel-a-l-alea-spatial) : le changement de regard qui fonde cette approche - [Urbanisme de l'eau](/eau-en-ville/urbanisme-de-l-eau) : la vision d'ensemble dans laquelle la carte s'inscrit - [Démocratie de l'eau](/democratie-de-l-eau/democratie-de-l-eau) : la délibération que la carte informe sans la remplacer