WALSH, Christopher J., ROY, Allison H., FEMINELLA, Jack W., COTTINGHAM, Peter D., GROFFMAN, Peter M. et MORGAN, Raymond P., 2005. The urban stream syndrome : current knowledge and the search for a cure. Journal of the North American Benthological Society, vol. 24, n° 3, p. 706-723.

Pourquoi lire cet article

Cet article de 2005 a donné à l'hydrologie et à l'écologie urbaines leur concept le plus opérationnel : l'« urban stream syndrome ». Il a structuré deux décennies de recherche et conditionne encore la façon dont les gestionnaires de bassins versants urbains pensent leurs interventions. Comprendre ce qu'il dit, et ce qu'il ne dit pas, permet de ne pas confondre « restaurer un cours d'eau urbain » avec « améliorer la santé du cours d'eau urbain ».

Ce que l'article démontre

Walsh et al. proposent de nommer « urban stream syndrome » l'ensemble cohérent et récurrent de symptômes que présentent les cours d'eau drainant des bassins versants urbanisés.

« We define the 'urban stream syndrome' as the consistent set of ecological symptoms observed in streams draining urban land, including a flashier hydrograph, elevated concentrations of nutrients and contaminants, altered channel morphology and riparian zones, and reduced biotic richness, with increased dominance of tolerant taxa. »

Walsh et al., 2005, p. 706.

Les quatre symptômes décrits (hydrographe en flash, contamination chimique, perturbation morphologique, appauvrissement biologique) ne sont pas indépendants : c'est leur combinaison et leur renforcement mutuel qui produit l'état caractéristique. L'article insiste sur le fait que les effets biologiques apparaissent pour des niveaux d'imperméabilisation relativement faibles, dès 10 à 15 % du bassin versant.

Le sous-titre « current knowledge and the search for a cure » est délibéré. Walsh et al. ne se contentent pas de décrire : ils cherchent ce qui pourrait améliorer l'état des cours d'eau urbains. Leur conclusion principale est que la variable explicative la plus puissante n'est pas le taux brut d'imperméabilisation, mais la connectivité hydraulique entre les surfaces imperméables et le réseau de drainage, donc le cours d'eau. Un bassin à 30 % d'imperméabilisation dont les surfaces sont déconnectées du réseau (jardins, espaces verts sans liaison hydraulique directe) se comporte mieux qu'un bassin à 20 % entièrement connecté.

Ce que l'article implique pour la gestion

La déconnexion hydraulique comme levier prioritaire a une traduction pratique directe : les solutions qui visent à infiltrer, ralentir ou stocker l'eau avant qu'elle n'atteigne le réseau agissent sur la variable la plus prédictive du syndrome. La gestion à la source ne réduit pas seulement les volumes ruisselés, elle réduit aussi la connectivité hydraulique entre le bassin versant et le cours d'eau.

Cette leçon a une conséquence pour les programmes de restauration. Réaménager les berges, réintroduire des méandres, replanter des arbres en bordure de cours d'eau produisent des effets bénéfiques locaux, mais limités si le bassin versant amont continue de déverser des volumes importants d'eau connectée. Les communautés biologiques ne se rétablissent pas si la perturbation hydrologique n'est pas traitée à l'échelle du bassin.

Portée et limites

L'article est fondé principalement sur des données nord-américaines et australiennes. Les synthèses postérieures ont confirmé que le syndrome est largement généralisable, mais que son intensité et ses modalités varient selon le contexte climatique, géologique et urbanistique. Les travaux de l'OTHU (Observatoire de Terrain en Hydrologie Urbaine, réseau lyonnais) ont trouvé des symptômes analogues en France, dans un contexte climatique et morphologique différent.

La notion de syndrome est utile mais peut conduire à naturaliser un état pathologique que des choix d'aménagement ont produit. Walsh et al. en sont conscients : leur article s'inscrit dans une perspective de remède, pas de résignation.

Lien avec les communs

Le syndrome que décrit Walsh et al. est aussi une description des conséquences de l'accumulation de décisions privées sur une ressource partagée. Chaque parking imperméabilisé, chaque toiture raccordée directement au réseau pluvial, est une décision qui transfère un coût hydrologique vers le cours d'eau et vers les habitants situés en aval. Ce mécanisme est exactement ce qu'Elinor Ostrom (fiche de lecture) avait en tête quand elle montrait que la tragédie des communs n'est pas inévitable, mais qu'elle résulte de l'absence de règles d'usage collectivement consenties. La gestion à la source obligatoire à l'échelle du PLUi est précisément une telle règle.

Voir aussi - L'urban stream syndrome : le dossier complet sur ce concept - L'imperméabilisation et le ruissellement : le mécanisme physique en amont - Gestion à la source des eaux pluviales : les réponses opérationnelles - Ostrom, Governing the Commons : le cadre théorique des communs