Publié le 28/03/2026

Proposition de mise à jour de L'Avenir en commun : chapitre 14, section 2 « L'eau ».

Je propose d'aller vers une architecture à 4 échelons emboîtés, avec tirage au sort, avis conforme et conformité ascendante. Dans cette logique, les comités de bassin et CLE gagneraient à être remplacés par des assemblées de bassin versant, et les agences de l'eau à devenir des Agences du Cycle de l'Eau, indépendantes et intégrant toutes les missions du cycle.

Ce que dit le programme public

Le programme L'Avenir en commun est un texte public : sa version en ligne est citée ici pour les mesures qui touchent au sujet.

  1. Décider démocratiquement d'un nouveau partage sobre de l'eau entre les usages
  2. Redonner des moyens aux agences de l'eau

Source : programme public en ligne (section eau du chapitre 14), consulté le 15/05/2026, melenchon2027.fr/programme2025/livre. La page section eau, ma proposition de réécriture en donne, à part, la version que je propose à titre personnel.

Ce qui manque

Les mesures 17 et 18 disent quoi (décider démocratiquement, redonner des moyens) mais pas comment ni à quelle échelle. Or la question de l'échelle est décisive en hydrologie.

Les 6 agences de l'eau de l'hexagone couvrent des territoires immenses. Seine-Normandie : 100 000 km², 19 millions d'habitants. Les comités de bassin, malgré leur composition tripartite, sont dominés par les grands usagers organisés (irrigants, industriels, collectivités), pas par les habitants qui vivent au bord du cours d'eau.

Le problème n'est pas seulement le manque de moyens : c'est l'échelle de la décision. Décider démocratiquement du partage de l'eau à l'échelle d'un bassin de 100 000 km² n'a guère de sens. C'est trop grand, trop loin, trop abstrait. La délibération exige la proximité, celle du bassin versant vécu.

Proposition de reformulation

Organiser la démocratie de l'eau au plus près des bassins versants en créant des assemblées délibératives à chaque échelle hydrographique, composées à parité de citoyens tirés au sort et d'un conseil technique et scientifique. Garantir le principe de conformité ascendante : les décisions locales de protection ne peuvent pas être remises en cause par les échelons supérieurs.

Architecture proposée

L'architecture emboîte trois échelles hydrographiques, avec une délégation qui remonte de l'aval vers l'amont.

  • Sous-bassin versant (ruisseau, petite rivière) : une assemblée locale, composée de citoyens tirés au sort et d'un conseil technique, décide des usages locaux, des prélèvements et de la protection des milieux.
  • Bassin versant intermédiaire (rivière) : un comité de bassin rénové, formé de délégués des assemblées locales, coordonne la cohérence entre sous-bassins et arbitre les conflits.
  • Grand bassin hydrographique (agence de l'eau) : une fonction stratégique de financement, de connaissance et de police, qui ne peut pas détricoter les décisions locales de protection.

La délégation est ascendante, pas descendante : l'échelon supérieur coordonne, il ne commande pas.

Fondements

Le 8e principe d'Ostrom : institutions emboîtées

Le 8e principe de conception des communs durables stipule que les institutions de gestion des communs doivent être « emboîtées » (nested enterprises), c'est-à-dire organisées à plusieurs échelles, chaque échelle ayant son autonomie propre.

Ostrom, Governing the Commons, 1990 : « Principle 8: Nested enterprises. Appropriation, provision, monitoring, enforcement, conflict resolution, and governance activities are organized in multiple layers of nested enterprises. »

Le système français actuel est partiellement emboîté (commune, syndicat, agence de bassin, État) mais la logique est descendante : c'est l'échelon supérieur qui définit les objectifs (SDAGE), et l'échelon inférieur qui les met en oeuvre (SAGE, PLUi). La proposition inverse cette logique pour les décisions de protection.

Polycentricité (V. et E. Ostrom)

La conduite polycentrée désigne un système où plusieurs centres de décision coexistent à différentes échelles, chacun avec une autonomie partielle. Elle se distingue à la fois du centralisme, qui ne connaît qu'un seul décideur, et du morcellement, où chacun agit pour soi : elle organise la coordination par le bas.

Huitema et al. (2009), 4 prescriptions de la conduite adaptative : conduite polycentrée et multi-niveaux ; participation publique large ; expérimentation par essai-erreur ; gestion à l'échelle du bassin versant.

Les limites des réformes institutionnelles classiques

Plusieurs voix plaident pour renforcer les institutions existantes : transformer le Comité National de l'Eau en Haut Conseil, améliorer la représentativité des CLE, accroître la portée normative des SAGE, nommer des préfets de l'eau régionaux. Ces pistes vont dans le bon sens mais restent dans le cadre existant : elles renforcent les institutions actuelles sans changer la logique. L'assemblée de bassin versant, elle, introduit un élément nouveau : le citoyen ordinaire comme délibérant, pas comme « usager » représenté par un lobby.

Précédents et limites

La France a déjà expérimenté des formes de délibération citoyenne sectorielle : la Convention citoyenne pour le climat (2019-2020), avec 150 citoyens tirés au sort, mais ponctuelle et nationale ; des comités citoyens locaux de l'eau, inexistants en droit positif.

À l'étranger, des formes proches existent : les water boards néerlandais (waterschappen), organes élus directement par les contribuables, avec compétence eau et pouvoir fiscal propre, plus ancienne institution démocratique des Pays-Bas (XIIIe siècle) ; le budget participatif de Porto Alegre, délibération citoyenne directe sur le budget eau et assainissement (1989-2004).

Voir aussi

Sur d'autres espaces du site - Bassin versant : l'unité hydrographique de référence - Agences de l'eau : l'échelon stratégique actuel - SAGE et CLE