Redécouper l'eau sur les bassins soulève une objection immédiate, et légitime : n'est-ce pas ajouter une strate à un millefeuille déjà épais, éloigner encore la décision de ceux qu'elle concerne ? Ce dossier prend cette objection au sérieux et y répond, de deux manières.
Il affronte d'abord l'objection culturelle et identitaire. Beaucoup opposent la région vécue, chargée d'histoire, de langue et d'appartenance, au bassin versant jugé abstrait et technocratique. L'inquiétude est réelle : nul ne veut voir des identités anciennes effacées au nom d'un tracé hydrographique. Mais l'écorégion que je défends n'est pas une identité de plus à imposer par en haut ; c'est un cadre de coopération autour de ce qui, précisément, relie les territoires par-delà leurs frontières, l'eau qui les traverse et qu'ils partagent qu'ils le veuillent ou non.
Il montre ensuite que l'écorégion, loin d'ôter de la démocratie, en ajoute, à condition de la penser comme une maille d'habitants et non comme un échelon administratif supplémentaire. Rapprocher l'échelle de la décision de celle où l'eau se partage n'est pas une ingérence dans les affaires des territoires ; c'est un surcroît de pouvoir rendu à ceux qui les habitent, la possibilité de délibérer là où, aujourd'hui, ils subissent des arbitrages décidés ailleurs.
Découper l'eau sur les bassins n'ôte donc rien à la démocratie, à une condition que ce dossier travaille : que l'écorégion serve d'abord les habitants, et non une administration de plus.