Une belle idée ne tient qu'à ses institutions. Une eau mieux partagée, cela se rêve aisément ; encore faut-il des corps concrets pour porter la décision, la mettre en œuvre et en faire respecter les règles. Ce dossier examine ces corps, ceux qui font vivre la décision sur l'eau autant que ceux dont l'affaiblissement la laisse vaciller.
Il défend d'abord une transformation. Les instances de bassin existent, mais elles délibèrent peu et décident encore moins : trop souvent, elles consultent, avalisent, enregistrent. Je plaide pour en faire de véritables lieux de décision, des assemblées de bassin où les habitants d'un même territoire hydrographique arbitrent ensemble les usages, jusqu'à l'horizon de parlements de rivières dotés d'un pouvoir réel. Une maille de démocratie ne vaut que si elle peut agir ; sans compétences ni moyens, elle n'est qu'un décor de plus.
Il regarde ensuite le versant du contrôle, moins glorieux mais décisif. Une règle sans gardien n'est qu'un vœu. L'affaiblissement de la police de l'eau, dont l'Office français de la biodiversité porte une part, laisse le terrain sans surveillance au moment précis où les pressions s'aggravent, où les prélèvements et les pollutions se multiplient. Réduire ces moyens, c'est décriminaliser de fait l'atteinte à la ressource.
Défendre l'eau comme un commun suppose donc les deux à la fois : des lieux où elle se décide démocratiquement, et des agents pour faire respecter ce qui a été décidé. L'un sans l'autre laisse le champ libre, soit à l'impuissance, soit à l'arbitraire.