PFAS et métabolites de pesticides concentrent l'attention depuis plusieurs années, au point d'éclipser des contaminants plus anciens dont la présence dans les eaux françaises n'a pas disparu pour autant. Le cadmium en est un exemple : métal lourd persistant, dont la toxicité rénale et osseuse est connue de longue date (lien établi avec l'ostéoporose et l'insuffisance rénale chronique par l'IARC et l'EFSA), et dont les concentrations dans certaines nappes ou cours d'eau dépassent encore parfois les valeurs limites fixées par la directive eau potable. Sa présence dans les eaux est souvent liée à des activités industrielles anciennes, à des fonderies ou à des zones de dépôts miniers, mais aussi à l'utilisation historique de certains engrais phosphatés contaminés. La discrétion médiatique autour du cadmium, comparée au traitement des PFAS, illustre comment l'attention publique se porte sur les polluants à mesure qu'ils deviennent l'objet d'une mobilisation, et non nécessairement à proportion de leur dangerosité.
Ce dossier regroupe les analyses consacrées à ces autres polluants, ainsi que les diagnostics transversaux sur l'état de la qualité de l'eau en France. Il couvre notamment les nitrates (excès d'azote agricole dans les nappes et les cours d'eau côtiers, problème ancien et largement documenté, dont la gestion est fragmentée entre zones vulnérables, programmes d'action et contentieux européens), les microplastiques (présence dans les eaux de surface et les eaux traitées, méthodes d'analyse encore peu standardisées, effets à long terme sur l'organisme encore débattus dans la littérature scientifique), les résidus de médicaments et les perturbateurs endocriniens. Ces molécules partagent la caractéristique de n'être pas ou peu réglementées dans l'eau potable, faute d'avoir été incluses dans les directives en vigueur au moment de leur découverte dans les eaux.
Le dispositif de surveillance ERMES (Étude des Résidus de Médicaments et des Substances dans les Eaux) donne une première image de la contamination médicamenteuse en France, au moins pour les substances les plus recherchées. Les résultats disponibles invitent à la prudence : non pas à la panique, mais à reconnaître que la réglementation de l'eau potable a été conçue pour les contaminants identifiés à une époque donnée, et qu'elle ne capture pas automatiquement les substances qui apparaissent ou sont découvertes ultérieurement. L'actualisation des paramètres surveillés et des valeurs limites est un processus réglementaire lent, qui court toujours après la réalité analytique.
Les diagnostics présentés dans ce dossier s'appuient sur les données SISPEA, les rapports ARS et les publications de l'ANSES. Leur ambition n'est pas l'exhaustivité mais la lisibilité : rendre accessibles des données publiques qui existent mais restent difficiles à lire sans formation spécialisée, en indiquant chaque fois la source, la date et les limites de la mesure.