Les PFAS

Les PFAS (per- et polyfluoroalkylés) forment une famille de plusieurs milliers de molécules de synthèse dont la caractéristique commune est une liaison carbone-fluor parmi les plus stables que la chimie organique connaisse. Présents dans des milliers de produits industriels et de consommation depuis les années 1950, ils ne se dégradent pas dans l'environnement, s'accumulent dans les organismes et traversent les traitements conventionnels de l'eau potable. L'EFSA a établi en 2020 une dose tolérable hebdomadaire pour quatre PFAS majeurs (PFOS, PFOA, PFNA, PFHxS) à 4,4 nanogrammes par kilogramme de poids corporel et par semaine, un niveau si bas qu'il est dépassé par une fraction importante de la population européenne par la seule voie alimentaire.

Ce dossier retrace la chimie de ces molécules, les mécanismes de contamination (eaux de surface, nappes, eau du robinet), les dispositifs réglementaires en vigueur en France et en Europe, et les procédures de traitement disponibles. Il s'appuie sur les publications de l'EFSA, de l'ANSES et de l'IARC, sur les données ARS et SISPEA, et sur le cas concret de Saint-Louis (Haut-Rhin), où la contamination d'une nappe alluviale a conduit à la fermeture de captages et à l'interruption de la distribution d'eau potable pour des dizaines de milliers d'habitants. Ce cas illustre ce que la contamination signifie concrètement : non pas un indicateur abstrait dépassant un seuil, mais des familles privées d'eau du robinet, contraintes à l'achat d'eau en bouteille ou à l'installation de filtres à charbon actif dont l'efficacité varie selon les molécules considérées.

La question réglementaire mérite d'être posée sans détour. La directive européenne sur l'eau potable de 2020 a fixé une valeur paramétrée à 0,1 microgramme par litre pour la somme de vingt PFAS, et 0,5 microgramme par litre pour la somme totale. Ces seuils, transposés en droit français en 2024, représentent un durcissement réel par rapport à l'état antérieur, mais restent au-dessus des niveaux que l'évaluation sanitaire de l'EFSA aurait justifiés pour protéger les populations les plus vulnérables (enfants en bas âge, femmes enceintes). L'écart entre la science et la norme n'est pas une omission : il reflète des arbitrages dans lesquels les coûts de mise en conformité des services d'eau ont pesé autant que les données toxicologiques.

Le dossier aborde enfin les traitements disponibles (charbon actif granulaire, nanofiltration, osmose inverse) et leurs limites pratiques, notamment pour les petits services d'eau qui ne disposent pas des équipements ni des marges financières nécessaires pour les déployer rapidement. Les articles sont sourcés, les verbatims sont cités avec leurs références, et les chiffres qui ne peuvent pas être recoupés sur la source primaire sont signalés comme tels.