PFAS : usages, contamination et santé

Si les PFAS se retrouvent aujourd'hui dans les nappes, les captages et le sang de la quasi-totalité de la population, c'est que la propriété qui les rend inertes, exposée dans la première partie de ce guide, a d'abord fait leur fortune industrielle. Cette page suit le fil qui va de l'usage à la contamination des eaux et de l'alimentation, puis aux effets sanitaires. La troisième partie traite du traitement et de la réglementation.

Des usages tenus par une même propriété

Les PFAS interviennent dans une gamme considérable de produits et de procédés, précisément en raison de leur résistance à l'eau, aux graisses et à la chaleur. Ils imperméabilisent les textiles déperlants et les membranes respirantes sans bloquer la transpiration. Ils forment, dans les mousses filmogènes anti-incendie employées depuis les années 1960 sur les bases militaires, les aéroports et les sites pétrochimiques, un film aqueux qui étouffe les feux d'hydrocarbures, et constituent à ce titre la source de contamination ponctuelle la plus intense. Ils empêchent les graisses de traverser les emballages alimentaires, des boîtes à pizza aux sachets de pop-corn. Ils assurent la texture lisse et la tenue des cosmétiques, le glissant des revêtements antiadhésifs de cuisine, et entrent dans la fabrication de composants électroniques et de dispositifs médicaux où leur inertie chimique est jusqu'ici jugée difficile à remplacer. Un même trait chimique irrigue donc des milliers de produits sans rapport apparent, ce qui explique l'ampleur du problème une fois ces produits usés ou brûlés.

Deux voies vers l'eau, une source alimentaire dominante

La contamination des eaux suit deux voies complémentaires. La première est ponctuelle : elle émane de sites industriels, usines, bases militaires, aéroports, où les PFAS ont été employés en grande quantité et ont migré vers les sols puis vers les nappes, comme à Saint-Louis, où la contamination de l'eau distribuée est liée à l'aéroport de Bâle-Mulhouse. La seconde voie est diffuse : lessivage des sols agricoles traités aux pesticides fluorés, dégradation atmosphérique des gaz fluorés, ruissellement urbain. Les PFAS à chaîne courte, plus solubles, migrent plus vite et plus loin dans les aquifères, et le TFA en particulier est devenu quasiment ubiquiste dans les eaux souterraines européennes. Les filières conventionnelles de potabilisation, coagulation, filtration sur sable et désinfection, ne les éliminent pas, si bien qu'une station non spécifiquement équipée distribue une eau aux mêmes concentrations que l'eau brute.

L'alimentation reste pourtant la première voie d'exposition de la population générale, devant l'eau potable. D'après un rapport de Générations Futures publié en 2025 à partir de données européennes, au moins un des quatre PFAS réglementés par l'Union est détecté dans 69 % des poissons, 55 % des abats, 39 % des œufs, 23 % des laits et 14 % des viandes analysés. L'EFSA soulignait dès 2020 que, pour un enfant de quatre ans, un seul œuf contaminé à la limite réglementaire représente 140 % de la dose hebdomadaire tolérable, et que cent grammes de poisson à cette même limite en atteignent 130 % pour un enfant de onze ans. Ces ordres de grandeur donnent à penser que les limites réglementaires dans les aliments protègent mal les populations les plus vulnérables.

Des effets systémiques, à des doses jugées naguère anodines

Les effets sanitaires des PFAS reposent sur une littérature abondante, surtout consacrée aux chaînes longues, même si les données s'accumulent sur les chaînes courtes. Le registre reste, à ce stade, celui de l'association statistique robuste plus que de la causalité démontrée pour chaque pathologie, et c'est précisément ce que la prudence commande de dire. Le Centre international de recherche sur le cancer, réuni à Lyon en novembre 2023, a classé le PFOA cancérogène pour l'homme (groupe 1) et le PFOS cancérogène possible (groupe 2B), les cancers du rein et du testicule étant les mieux documentés. À côté du risque cancérogène, les PFAS interfèrent avec les hormones thyroïdiennes et sexuelles et le métabolisme lipidique, s'associant à l'hypothyroïdie, à l'hypercholestérolémie et à des troubles de la reproduction ; ils s'accumulent de préférence dans le foie, où ils élèvent les transaminases et se lient à la stéatose hépatique.

L'effet que l'EFSA a jugé le plus critique lorsqu'elle a fixé sa dose tolérable en 2020 est l'immunotoxicité. Les PFAS atténuent la réponse immunitaire aux vaccins, en particulier chez l'enfant : des études menées aux îles Féroé ont montré que les enfants les plus exposés produisaient sensiblement moins d'anticorps après la vaccination contre la diphtérie et le tétanos. C'est sur ce fondement que l'EFSA a fixé la dose hebdomadaire tolérable à 4,4 nanogrammes par kilogramme de poids corporel pour la somme de quatre PFAS. Le changement d'unité et le passage d'évaluations par substance, en 2008, à une dose unique pour un groupe interdisent un facteur de réduction net ; mais, rapporté à la semaine et appliqué à chaque composé pris isolément, l'abaissement est de l'ordre de deux cent quarante fois pour le PFOS et de plus de deux mille fois pour le PFOA (Reinikainen et al., 2024). Ce seuil est si bas qu'une part importante de la population européenne le dépasse déjà.

Un dernier point aggrave le tableau : les PFAS ne se trouvent jamais seuls dans l'eau, où ils côtoient métabolites de pesticides, résidus médicamenteux et nitrates. Les effets de mélange à faible dose restent mal documentés, mais l'EPA a introduit dès 2024 un indice de danger pour ces cocktails, reconnaissant implicitement que l'addition des effets constitue l'hypothèse la plus prudente. Les mécanismes toxicologiques sont détaillés dans la note Toxicité des PFAS.

Références

ANSES. Avis relatif à l'évaluation des risques liés aux substances per- et polyfluoroalkylées dans les eaux destinées à la consommation humaine. Maisons-Alfort : ANSES, 2023.

EFSA CONTAM Panel. Risk to human health related to the presence of perfluoroalkyl substances in food. EFSA Journal, 2020, vol. 18, n° 9, e06223.

GÉNÉRATIONS FUTURES. PFAS dans l'alimentation : agir d'urgence. Rapport, juin 2025.

IARC. Carcinogenicity of perfluorooctanoic acid (PFOA) and perfluorooctanesulfonic acid (PFOS). The Lancet Oncology, 2024, vol. 25, n° 1, p. 16-17.

REINIKAINEN, Jussi, BOUHOULLE, Elodie et SORVARI, Jaana. Inconsistencies in the EU regulatory risk assessment of PFAS call for readjustment. Environment International, 2024, article 108614.

Voir aussi

Voir aussi * [Pollueur-payeur](/glossaire/pollueur-payeur) * [Pesticides](/glossaire/pesticides) * [Un seul cycle de l'eau](/comprendre/un-seul-cycle-de-l-eau)