Une méthode qui part de l'eau et se veut agnostique bute toujours sur le même point : Paris et sa région. Sur presque tous les découpages construits sans a priori, l'agglomération francilienne ressort comme un cas singulier. Ce n'est pas une faveur faite à la capitale, c'est un constat que les données imposent, et qu'il vaut mieux objectiver que d'escamoter.
L'Île-de-France est le seul territoire où trois traits se cumulent.
D'abord la masse. Son aire d'attractivité est de très loin la première du pays ; elle s'étend sur plusieurs sous-bassins et, sans traitement particulier, se fragmente entre plusieurs écorégions, jusqu'à six, là où les autres grandes aires urbaines en croisent au plus trois ou quatre. Une unité ramenée au seul cœur dense serait minuscule et surpeuplée ; une unité calée sur le sous-bassin couperait l'agglomération en son milieu.
Ensuite la position. Paris ne se tient ni à un exutoire ni à une confluence, mais au milieu du bassin de la Seine. Là où Marseille s'adosse au delta et à la façade méditerranéenne, Lyon à la confluence du Rhône et de la Saône, Bordeaux à l'estuaire de la Gironde, chacune coïncidant avec une limite hydrographique nette, l'agglomération parisienne n'a pas de contour d'eau qui l'épouse.
Enfin l'alimentation en eau potable. Paris capte son eau très loin, par des aqueducs qui remontent vers la Vanne, le Loing et l'Avre, bien au-delà de son propre bassin. Ce système d'adduction franchit des lignes de partage que les autres métropoles, alimentées plus localement, ne franchissent pas à cette échelle.
La singularité francilienne n'est retenue que parce qu'elle réunit ces trois traits à la fois. Le même test, appliqué à Marseille, Lyon, Bordeaux, Lille ou Toulouse, ne les fait pas ressortir : chacune s'inscrit dans une unité de bassin cohérente, sans dépendance d'eau potable à longue distance comparable. Aucune ne déclenche l'exception, et c'est ce qui la rend défendable : une règle unique, la même pour tous, qui ne désigne l'Île-de-France que parce que les faits l'y obligent.
Plutôt que de couper l'agglomération ou de la réduire à un noyau ingérable, l'Île-de-France est réunie dans une seule écorégion, Seine centrale. La règle est objective et se vérifie : toute assemblée de bassin versant dont plus de la moitié de la surface tombe dans l'aire d'attraction de Paris rejoint cette écorégion, en unités entières, sans qu'aucune assemblée soit coupée en deux, et dans le seul district Seine-Normandie, sans déborder sur la Loire. Le résultat tient en quelques chiffres. Paris et la petite couronne, c'est-à-dire Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, sont désormais réunis à cent pour cent dans une même unité. L'écorégion rassemble 13,3 millions d'habitants sur 19 700 kilomètres carrés. Seules les franges les plus lointaines de l'aire d'attraction touchent encore d'autres écorégions. C'est de loin l'unité la plus peuplée, et c'est assumé : l'exception francilienne tient à la donnée, pas au rang de la capitale.