Une biorégion est un territoire pensé à partir de ses limites écologiques, le plus souvent le bassin versant, plutôt qu'à partir de ses limites administratives. Le biorégionalisme est le courant politique qui en fait un projet : habiter et décider à l'échelle du vivant, là où l'eau coule et où les milieux se tiennent. L'idée naît dans l'écologie nord-américaine des années 1970 (Berg et Dasmann, 1977) et connaît un fort regain francophone récent (Schaffner et Rollot, Qu'est-ce qu'une biorégion ?, Wildproject, 2024 ; collectif Hydromondes ; mouvement des parlements de rivières et de fleuves).
La biorégion n'est pas un découpage scientifique, c'est un registre politique. Il faut la distinguer de l'hydro-écorégion, qui est une carte écologique des cours d'eau (elle décrit, elle ne régit pas), et du bassin versant, qui est l'unité physique où circule l'eau. La science peut informer le tracé d'une biorégion, mais une biorégion ajoute toujours une dimension que la carte n'a pas : habiter et délibérer ensemble à partir de ce territoire.
Réorganiser la France « à partir des bassins versants » mobilise cet imaginaire : redonner une voix aux habitantes et aux habitants à l'échelle où l'eau et les milieux font système. Une précision d'honnêteté s'impose toutefois. Il existe des biorégionalismes de gauche comme d'extrême droite. Ce qui distingue la version émancipatrice, c'est sa préoccupation démocratique, le fait qu'elle ne calque pas les communautés sur des appartenances figées et qu'elle reste ouverte plutôt que tournée vers la fermeture. C'est cette version-là, démocratique et ouverte, que je défends ici.