Les zones climatiques de la France

Le territoire métropolitain n'a pas un climat : il en a plusieurs, et leur délimitation varie selon la question posée. C'est là un premier point à ne pas esquiver. Tout zonage climatique traduit un choix méthodologique, un choix de variables, un choix d'échelle temporelle. Ces choix ne sont pas neutres, et la coexistence de plusieurs découpages dans la littérature ne tient pas à un manque de rigueur des auteurs : elle reflète la pluralité des usages légitimes d'un zonage climatique.

Ce que conditionne le choix d'un zonage

La question initiale détermine le résultat. Champeaux et Tamburini (1996) travaillent uniquement sur les précipitations quotidiennes de 1 976 postes du réseau climatologique d'État sur la période 1971-1990 : leur méthode, une classification hiérarchique ascendante avec la distance euclidienne et le critère d'agrégation de Ward, produit 51 classes parfaitement connexes (au sens de la contiguïté spatiale), ce qui constitue en soi un résultat remarquable, car rien dans la méthode ne le garantissait a priori.

« L'objectif d'un zonage (ou régionalisation) climatique est d'obtenir un découpage d'une région en zones à l'intérieur desquelles le comportement climatique est similaire vis-à-vis du (ou des) paramètre(s) étudié(s). Pour définir un climat, on ne peut, bien entendu, se restreindre à l'étude d'un seul paramètre météorologique, aussi important soit-il. Cependant, la pluviométrie présente un intérêt majeur comme signature climatique. »

Champeaux & Tamburini, 1996, La Météorologie, 8e série, n° 14, p. 44

Joly et al. (2010) posent une question différente : ils cherchent une construction spatiale des types climatiques à partir d'un jeu plus large de 14 variables (températures et précipitations) couvrant trente ans (1971-2000) et 2 031 stations. Leur méthode, une analyse factorielle des correspondances suivie d'une classification hiérarchique, produit huit types climatiques dont les contours sont pondérés par une approche probabiliste permettant de représenter les zones de transition. La carte résultante n'est pas une partition stricte : elle représente l'espace de distribution probable de chaque type.

« Partant des mesures stationnelles de précipitation et de température mises à disposition par Météo-France, un jeu de 14 variables intégrant une série temporelle de 30 ans (1971-2000) est défini pour caractériser les climats et leurs modalités distinctives de variation. Une méthode originale dite d'interpolation locale permet de reconstituer les champs spatiaux continus des variables en question et de les exprimer sous forme de couches d'information gérables par SIG. Ces données sont ensuite soumises à un traitement associant analyse factorielle des correspondances et classification hiérarchique ascendante pour en obtenir une typologie où huit climats sont identifiés et cartographiés sur le territoire métropolitain. »

Joly, D., Brossard, T., Cardot, H., Cavailhes, J., Hilal, M. & Wavresky, P., 2010, Cybergeo: European Journal of Geography, document 501. DOI : 10.4000/cybergeo.23155

Les grands types à l'échelle métropolitaine

Quelques constantes traversent tous les zonages, quelle que soit la méthode.

La dichotomie nord-ouest / sud structure la France de manière persistante. Le tiers nord-ouest présente des régimes de précipitations océaniques réguliers, avec peu d'intensité par épisode, un nombre de jours de pluie élevé (100 à 170 jours par an selon la Bretagne ou l'Anjou), des totaux annuels généralement inférieurs à 900 mm sauf sur le Massif armoricain. Le sud, et notamment le pourtour méditerranéen, se distingue par une sécheresse estivale marquée et des épisodes convectifs intenses à l'automne.

Les massifs montagneux constituent des entités climatiques à part entière dans tous les découpages : les Alpes, les Pyrénées, le Massif central (en particulier ses contreforts ouest, de l'Aubrac à la Montagne limousine), le Jura, les Vosges. Leur rôle de blocage sur les masses d'air détermine des gradients pluviométriques très marqués sur des distances courtes.

La région cévenole occupe une place singulière dans la classification de Champeaux & Tamburini (1996) : les postes des Cévennes s'associent seulement lors de la phase terminale de l'arbre hiérarchique, ce qui illustre l'extrême variabilité de ce massif (distances euclidiennes entre postes pouvant atteindre 15 mm, contre moins de 1 mm pour les postes du bassin parisien).

Le domaine aquitain (Aquitaine et Midi-Pyrénées) se distingue par des gradients pluviométriques très marqués, de 600 mm dans la région toulousaine à plus de 1 500 mm sur le Pays basque, avec un maximum printanier et hivernal. La zone continentale du nord-est (Alsace, Lorraine, Franche-Comté, partie de la Bourgogne) se caractérise par un régime d'automne/hiver prononcé et des étés plus secs.

Ce que la classification de Köppen-Geiger donne comme lecture

La classification internationale de Köppen-Geiger, revisitée par Beck et al. (2023) à une résolution de 1 km, confirme pour la période 1991-2020 la dominance du type tempéré sans saison sèche à été chaud (Cfb) sur la majeure partie de la France métropolitaine à basse altitude. Le type méditerranéen (Csa/Csb) se concentre sur le pourtour méditerranéen et la Corse. Les types froids sans saison sèche (Dfb, Dfc) occupent les étages moyens et supérieurs des massifs montagneux. La toundra polaire (ET) apparaît dans les hauts sommets alpins et pyrénéens.

Strohmenger et al. (2024), en appliquant cette même classification à 84 projections climatiques bias-corrigées à 8 km de résolution sur la France, quantifient le rythme des transitions attendues sous l'effet du changement climatique :

« Observed climate types computed with the SAFRAN reanalysis across France for the period 1976–2005 show a large proportion of land under a temperate climate, with 93% of France associated with a first level of the Köppen–Geiger classification in the category temperate (C), followed by 6.2% in the category cold (D), and 0.8% in the category polar (E) climate. Temperate climate grid points stand in the low-elevation areas. They are distributed among temperate climates without a dry season and warm summer (Cfb) for 85% of France. »

Strohmenger et al., 2024, Comptes Rendus Géoscience, vol. 356, p. 69. DOI : 10.5802/crgeos.263

Plusieurs découpages, plusieurs vérités partielles

Ces quatre références ne se contredisent pas : elles répondent à des questions différentes. Le découpage de Champeaux & Tamburini (1996) est le plus fin pour la pluviométrie à l'échelle mésoclimatique et reste une référence opérationnelle pour Météo-France (étalonnage radar, contrôle de données, optimisation du réseau). La classification de Joly et al. (2010) offre une synthèse multivariée à l'échelle communale, avec une carte probabiliste des types climatiques utilisable en SIG. La classification de Köppen-Geiger, dans ses versions Beck 2023 et Strohmenger 2024, présente l'avantage d'une lecture internationale et d'une projection dans le temps.

Pour la gestion de l'eau par territoire, ces classifications ne s'excluent pas. Elles se superposent et se complètent. La question n'est pas « quel zonage est le bon ? » mais « quel zonage est le plus pertinent pour telle application ? ».

Pour rendre lisible le cycle de l'eau et ses régimes, la classification de Köppen-Geiger présente un avantage décisif : elle se lit à l'échelle internationale, se compare directement à d'autres territoires, et se distribue sous forme de données ouvertes géoréférencées. Les huit types de Joly et al. (2010) restent en revanche plus fins pour rendre compte des nuances internes au territoire français, en particulier dans les zones de transition et les massifs.

Cette note reste au niveau de la France entière. Le détail de la situation présente est traité dans Le climat actuel (Beck et al. 2023), celui du climat à venir dans Le climat projeté (Strohmenger et al. 2024).

Voir aussi