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Un seul cycle de l'eau

Beaucoup de manuels et de sites institutionnels présentent l'eau comme dotée de deux cycles, un « grand », celui de la nature, et un « petit », celui des robinets et des égouts. Cette partition est commode pour répartir les compétences ; elle laisse croire à deux systèmes séparés là où il n'y en a qu'un, et cette croyance a des conséquences concrètes sur la façon de gérer l'eau, raison pour laquelle nous ne la retenons pas.

Origines et sens

La distinction entre grand cycle et petit cycle est née du besoin de gérer, non d'une réalité physique. Le grand cycle désigne l'eau des milieux, la pluie, le ruissellement, l'infiltration, les rivières, les nappes et l'évaporation, mus par l'énergie solaire et la gravité. Le petit cycle désigne le parcours que l'eau suit sous la main humaine, prélèvement, potabilisation, distribution, usage, collecte des eaux usées, épuration, rejet au milieu. Les agences de l'eau et les services publics ont popularisé ce partage pour séparer ce qui relève de la ressource et ce qui relève du service rendu à l'usager.

Discussion

Le partage rend service, mais il induit en erreur. Physiquement, il n'existe qu'un seul cycle de l'eau. Ce que le petit cycle appelle son eau, il la prélève dans le grand, et il la lui rend, plus ou moins traitée. Le petit cycle n'est donc qu'une parenthèse ouverte dans le mouvement général, jamais un circuit fermé, comme le reconnaissent d'ailleurs les agences elles-mêmes quand elles écrivent que l'eau usée traitée est « réinjectée dans le grand cycle de l'eau ». Plusieurs hydrologues jugent la dichotomie réductrice, précisément parce qu'elle installe dans les têtes, puis dans les institutions, deux mondes étanches, la rivière d'un côté, le robinet de l'autre, alors que tout prélèvement et tout rejet de l'un pèse sur l'autre. La querelle porte donc sur la façon d'organiser la gestion.

Le mot retenu, et pourquoi

Dans ces pages, il n'est question que d'un seul cycle de l'eau. Quand la distinction est nécessaire, nous distinguons deux gestions, non deux cycles : la protection de la ressource dans les milieux d'un côté, les services d'eau potable et d'assainissement de l'autre, deux interventions sur un même cycle. Ce choix terminologique n'est pas cosmétique. Séparer les cycles revient à séparer les responsabilités : le robinet est financé sans souci de la rivière, la sécheresse ou la pollution sont traitées comme des accidents extérieurs au service. Réunir le cycle rend visible que désimperméabiliser, infiltrer et réduire les prélèvements en amont soulagent l'aval, et que l'eau captée pour la ville manque à la nappe ; c'est là le fondement de la gestion à la source et de la gestion intégrée, que la partition en deux cycles dessert.

Bibliographie

  • Agence de l'eau Adour-Garonne, Le cycle de l'eau, et Agence de l'eau Seine-Normandie, Le grand cycle et Le petit cycle de l'eau (sources de la distinction, libre accès).
  • Cerema, sur l'intégration du grand cycle et du petit cycle dans la compétence GEMAPI (libre accès).
  • Code de l'environnement, article L. 210-1 (l'eau, patrimoine commun de la nation).

Voir aussi