Le texte sépare l'existant du proposé. Rien n'y est présenté comme voté.
On ne décide bien que si l'on sait. Combien d'eau reste-t-il dans la nappe ? Comment le climat déplace-t-il les pluies et les étiages ? Quelles techniques dépolluent vraiment sans coûter une fortune ni consommer trop d'énergie ? Ces réponses viennent de la recherche. Encore faut-il qu'elle soit publique, reliée à la décision, et non captée par ceux qui vendent l'eau.
La France dispose d'une belle recherche publique sur l'eau. Un institut travaille l'agronomie, l'hydrologie, les milieux. Un service géologique connaît le sous-sol et les nappes, et tient les bases de données des aquifères. Les universités et les grands organismes de recherche apportent leur part. Un programme public dédié établit les projections du climat de l'eau pour les décennies qui viennent, sécheresses et crues comprises. Le service météorologique national mesure et modélise.
Le problème n'est pas le talent, il est l'éparpillement. Ces acteurs se relient mal entre eux et se relient mal à la décision de terrain. Pire : une part du savoir-faire technique le plus utile, sur le traitement et la qualité de l'eau, a été captée par les multinationales du secteur, qui en font un avantage commercial. La puissance publique paie la recherche fondamentale et laisse le savoir appliqué filer vers le privé.
Je propose de rassembler la recherche publique de l'eau autour de deux points d'appui.
Au niveau national, une recherche adossée à une instance scientifique indépendante et à un observatoire national du cycle de l'eau. L'observatoire réunit dans un système public, unique et ouvert les données aujourd'hui éparpillées : eau potable, contrôles sanitaires, rejets, débits, sécheresses, état des nappes. Il donne à voir la disponibilité de la ressource en temps quasi réel. La recherche publique en fait à la fois son terrain d'observation et son débouché : on relie la donnée du cycle aux laboratoires publics, et on reconstitue une recherche appliquée, dotée d'objectifs et de moyens, sur les techniques écologiques de dépollution. On reprend les savoir-faire accumulés par les multinationales, au lieu de les leur laisser.
Au niveau du bassin, le bureau d'études public de chaque agence devient l'utilisateur et le commanditaire de cette recherche. Les questions naissent du terrain, les réponses y reviennent. La recherche cesse d'être un savoir hors-sol.
Le fil rouge est le même que pour le reste de cette architecture : centraliser la donnée et la connaissance, décentraliser la décision. L'observatoire et l'instance scientifique tiennent une science ouverte, accessible aux habitants comme aux assemblées, et opposable aux opérateurs privés, à qui l'on ne pourra plus opposer le secret des affaires sur l'eau. Les agences appliquent cette connaissance localement. La science de l'eau redevient un bien commun, au service de celles et ceux qui délibèrent, et non un actif que l'on monnaie.