Les « solutions fondées sur la nature » (SfN, en anglais nature-based solutions ou NbS) désignent des actions qui s'appuient sur les écosystèmes pour répondre à des défis de société, tout en bénéficiant à la biodiversité. Deux définitions institutionnelles font référence.
L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) les a définies par une résolution de son congrès mondial de 2016 comme « des actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité » (UICN, 2016). La Commission européenne en donne une définition plus large : des solutions « inspirées et soutenues par la nature, économiquement efficaces, qui apportent simultanément des bénéfices environnementaux, sociaux et économiques et renforcent la résilience » (Commission européenne).
Dans le domaine de l'eau, la gestion à la source, les noues, les jardins de pluie ou la restauration de zones humides sont des SfN de plein droit : elles ralentissent, infiltrent et épurent l'eau en s'appuyant sur des processus vivants plutôt que sur du tuyau.
Le problème du terme est qu'il recouvre le meilleur comme le plus discutable, sous une seule étiquette. Restaurer une mangrove ou débitumer une cour d'école pour infiltrer la pluie, c'est une SfN. Planter une monoculture d'eucalyptus pour vendre des crédits carbone, c'est aussi vendu comme une SfN. L'étiquette est la même ; le sens ne l'est pas.
Trois angles morts, documentés.
Le flou définitionnel d'abord. Le terme est jugé si large qu'il en devient dangereusement discrétionnaire : parce qu'il est défini de façon vague, des acteurs peuvent en tordre le sens. C'est précisément pour cela que l'UICN a dû publier une norme mondiale en 2020, sans pour autant éteindre les critiques.
Le verdissement ensuite. Des enquêtes documentent l'usage du label par de grands pollueurs pour verdir leur image et justifier des mécanismes de compensation carbone au bénéfice écologique incertain (Global Witness, 2022). Le terme est aujourd'hui presque devenu synonyme de compensation carbone. La Nature-based Solutions Initiative de l'université d'Oxford, pourtant favorable aux SfN, a dû alerter contre leur mésusage comme « offsets » carbone, qui détourne de la nécessaire réduction des émissions fossiles et menace de nourrir l'accaparement de terres au Sud (Nature-based Solutions Initiative, 2021).
La dépolitisation enfin. Présenter une décision comme une « solution » technique fondée sur la nature évacue les questions du « qui décide » et du « au bénéfice de qui ». Le rapport commun de l'IPBES et du GIEC invite d'ailleurs à distinguer les mesures qui servent réellement le climat et la biodiversité de celles qui affichent l'étiquette sans en tenir la promesse (Pörtner et al., 2021). Planter des arbres n'équivaut pas à restaurer une forêt.
Une solution fondée sur la nature n'a de valeur que si elle restaure réellement le vivant, si elle échappe à la logique de compensation marchande, et si la décision reste démocratique plutôt que déléguée à un marché de crédits. Restaurer une zone humide pour ralentir l'eau et abriter la biodiversité relève du commun du vivant ; planter une monoculture pour vendre des crédits carbone relève de la marchandisation.
Le mot ne tranche donc pas : c'est l'usage, et surtout le processus de décision, qui font la différence. On retient les SfN comme un levier opérationnel précieux de la gestion à la source et de l'urbanisme de l'eau, en refusant leur dérive en label de communication ou en instrument de compensation.