Définition

Les « services écosystémiques » désignent tout ce que les écosystèmes rendent aux humains : l'épuration de l'eau, la pollinisation, la régulation des crues, la recharge des nappes, le stockage du carbone. L'expression a été popularisée par l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (Millennium Ecosystem Assessment, 2005), qui les classe en quatre familles : services d'approvisionnement (nourriture, matériaux), de régulation (climat, crues, qualité de l'eau), culturels (loisirs, esthétique, spirituel) et de soutien (les grands cycles, dont le cycle de l'eau).

Le mérite du concept est réel : il rend visible ce que la nature accomplit gratuitement, et donc ce que sa destruction nous coûte. Dire qu'une zone humide épure l'eau et écrête les crues, c'est donner un argument tangible pour la protéger.

Ce que le terme masque

Le mot « service » n'est pas neutre. Il range spontanément la nature du côté des biens et des prestations, donc de ce qui se compte, se tarife et, à la limite, se vend. L'économiste Erik Gómez-Baggethun et ses co-auteurs ont documenté ce glissement historique : la conception des bénéfices de la nature est passée des « valeurs d'usage » de l'économie classique aux « valeurs d'échange » de l'économie néoclassique. Leur conclusion, en anglais dans le texte, mérite d'être citée telle quelle : la focalisation sur l'évaluation monétaire et les mécanismes de paiement « a contribué à attirer un soutien politique à la conservation, mais aussi à marchandiser un nombre croissant de services écosystémiques et à reproduire le paradigme économique néoclassique et la logique de marché pour traiter les problèmes environnementaux » (Gómez-Baggethun et al., 2010).

Le chemin de la valorisation à la marchandisation est glissant. Une fois qu'un « service » a un prix, il devient commensurable, appropriable, échangeable. C'est le mécanisme à l'œuvre dans les paiements pour services environnementaux, le capital naturel et la compensation écologique : évaluer la nature pour mieux la protéger finit souvent par la transformer en marchandise.

La réponse de l'IPBES : les « contributions de la nature »

Consciente de ce risque, la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité, l'IPBES, a fait un choix de vocabulaire. Un collectif de chercheurs mené par l'écologue Sandra Díaz a proposé, dans la revue Science en 2018, de remplacer dans les travaux de la plateforme l'expression « services écosystémiques » par celle de « contributions de la nature aux personnes » (nature's contributions to people, en abrégé NCP) (Díaz et al., 2018).

Le déplacement n'est pas cosmétique. Là où le « service » suggère une prestation mesurable et souvent monétisable, la « contribution » ouvre la porte à des valeurs que le marché ignore : les valeurs relationnelles, celles qui tiennent au lien même entre les gens et un lieu, à la responsabilité, à la réciprocité, au soin. La notion se veut aussi un concept-parapluie, capable d'accueillir les manières de dire des peuples autochtones et des communautés locales, pour qui l'humain n'est pas séparé de la nature mais en fait partie. L'un des reproches explicites au cadre des services écosystémiques, écrivent les auteurs, est d'avoir progressivement écarté les sciences sociales au profit d'une lecture économique et instrumentale du vivant (Díaz et al., 2018).

La position d'HydroLooney

Le cadre des services écosystémiques reste utile pour rendre visibles des fonctions écologiques, et on ne va pas s'en priver quand il aide à défendre une zone humide ou un arbre de pluie. Mais je refuse le glissement qui en fait des marchandises. Pour l'eau, la question pertinente n'est pas « combien vaut ce service ? » mais « à quoi tenons-nous, et qui décide ? ». C'est la différence entre traiter l'eau comme une prestation qu'on tarife et la reconnaître comme un commun du vivant dont une communauté se donne les règles.

Autrement dit, je préfère le registre des contributions de la nature et du commun à celui des services et du marché. Non pour nier la valeur des écosystèmes, mais pour refuser que le prix en soit l'unique mètre étalon.

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