Fiche du kit municipales. Elle reprend la proposition du livret eau « Assurer un assainissement sûr et public sur tout le territoire » et l'approfondit à l'échelle communale.

Pas de mesure explicitement consacrée à l'assainissement dans le kit. Toutefois, les mesures sur l'adaptation au changement climatique et la renaturation abordent indirectement des enjeux proches, tels que l'infiltration des eaux et la désimperméabilisation des sols.

L'assainissement est souvent le parent pauvre des politiques locales de l'eau. Pourtant, il conditionne directement la qualité des milieux aquatiques, la santé publique et la justice sociale. Il ne peut être laissé à la seule logique technocratique du « tout station d'épuration » ni abandonné à des solutions individuelles coûteuses pour les ménages. Il doit être pensé comme un service public universel, financé par la solidarité, et orienté vers des solutions soutenables.

Un premier enjeu est de sortir du modèle imposé aux 12 millions de personnes vivant en assainissement non collectif, souvent seules face à des prescriptions techniques inadaptées et coûteuses. Une mairie engagée pour l'eau publique peut reprendre la main en régie sur le SPANC et proposer des solutions publiques, mutualisées, appuyées par la redevance. Cela permet de sécuriser l'accès à un service d'assainissement sans faire peser une charge insurmontable sur les habitants.

Un deuxième enjeu est de diversifier les solutions techniques. La phyto-épuration, la filtration par zones humides artificielles, la réutilisation des eaux grises sont des pistes concrètes. Elles réduisent les coûts de fonctionnement, évitent la dépendance aux procédés industriels et renforcent la résilience locale. Une municipalité peut lancer des expérimentations sur ses bâtiments publics, imposer dans les constructions neuves le captage des eaux de pluie pour les usages non potables et intégrer ces obligations dans son PLU.

Un troisième enjeu est la cohérence territoriale. L'assainissement ne peut être géré seulement par des tuyaux et des stations. Il doit être articulé avec la gestion à la source des eaux pluviales : infiltration dans les sols, désimperméabilisation des surfaces, restauration de zones humides. Ces actions limitent les volumes à traiter et réduisent les coûts collectifs. Une gestion publique cohérente du petit cycle de l'eau intègre donc en même temps l'eau potable, l'assainissement et les eaux pluviales.

La régie municipale ou intercommunale d'assainissement est le cadre privilégié : la collectivité conserve la maîtrise des choix techniques, définit la tarification et peut associer les habitant·es à la conduite de l'eau. Cela s'oppose aux délégations de service public où les opérateurs privés captent une rente sans obligation de développer des solutions alternatives.

La phyto-épuration est un procédé de traitement des eaux usées reposant sur des filtres plantés de végétaux (roseaux, massettes). Ces systèmes reproduisent le fonctionnement des zones humides naturelles. Ils consomment peu d'énergie, s'intègrent dans le paysage et offrent une qualité de traitement équivalente à celle des stations classiques, pour un coût de fonctionnement plus faible.

Dans une métropole où une mairie engagée ne dispose pas de la compétence directe, elle peut agir en démonstration : équiper ses écoles et équipements publics de systèmes de récupération d'eau de pluie, expérimenter la réutilisation des eaux grises dans ses bâtiments, et utiliser sa voix dans les instances intercommunales pour imposer le débat sur la sortie de la gestion privée. Elle peut aussi mobiliser le Comité Consultatif des Services Publics Locaux pour associer les habitant·es aux choix stratégiques de l'assainissement.

Assurer un assainissement sûr et public, ce n'est pas seulement traiter l'eau sale à la sortie, c'est organiser une cohérence de cycle : réduire les pollutions à la source, capter et infiltrer l'eau de pluie, réutiliser l'eau lorsque c'est possible, et garantir une gestion publique transparente et démocratique. C'est un chantier où la planification écologique se traduit directement dans le quotidien des habitants.