Cette analyse croisée met en cohérence les propositions du livret eau et les mesures prêtes à l'emploi du Kit municipales 2026. Elle éclaire la logique politique, les possibilités concrètes pour les communes engagées pour l'eau publique et les lignes rouges à tenir.

Refonder l'organisation et les objectifs de la politique de l'eau

Le livret eau : l'eau doit être gérée comme un commun, sous maîtrise publique, à l'échelle du bassin versant. Le livret insiste sur l'intégration des compétences (eau potable, assainissement, GEPU, GEMAPI), sur la planification écologique et sur la transparence.

Le kit municipales (p. 12-13) propose un diagnostic écologique communal et intercommunal participatif, incluant pollutions, artificialisation et biodiversité.

Le diagnostic du kit doit être élargi pour inclure le cycle complet de l'eau : taux de fuites, état des réseaux, zones humides, surfaces imperméabilisées, qualité sanitaire (PFAS, pesticides), risques d'inondation, et articulation avec les documents supra-locaux (SAGE, SDAGE). Cela rejoint le concept d'urbanisme de l'eau : l'eau ne doit plus être un « résidu » géré après coup par des tuyaux, mais une donnée d'entrée des projets urbains et ruraux. La règle doit être simple : gérer à la source et de manière systémique dans tous les nouveaux projets, et à chaque fois qu'on refait l'existant. C'est plus écologique, plus résilient, mais aussi moins cher que de poser du béton et des tuyaux.

Garantir l'accès à l'eau potable et à l'assainissement

Le livret eau : gratuité d'un volume vital, interdiction des coupures, tarification progressive, plan massif de lutte contre les fuites, installation de fontaines et bains-douches, renforcement des SPANC et phyto-épuration, récupération et réutilisation des eaux de pluie et eaux grises.

Le kit municipales (p. 21-22) met en avant la cantine bio, locale et gratuite, avec ré-internalisation en régie, et un argument écologique : la réduction des pesticides protège les nappes.

Le livret défend le droit à l'eau comme droit humain fondamental. Le kit illustre, via la restauration scolaire, le lien entre alimentation et qualité de l'eau. Ces deux volets sont complémentaires : sur le plan social, interdire toute coupure d'eau et garantir un volume vital gratuit ; sur le plan environnemental, agir à la source contre les pesticides et relier alimentation, santé publique et préservation des nappes. Les communes doivent aussi reprendre en main l'assainissement, souvent laissé à des DSP ou syndicats opaques.

Assurer un assainissement sûr et public

Le livret eau : sortir de la privatisation du SPANC, développer des solutions naturelles (phyto-épuration), imposer la récupération et le recyclage des eaux grises et de pluie.

Le kit municipales (p. 18-20) propose des plans de renaturation et îlots de fraîcheur, l'infiltration via jardins de pluie et noues, financés par le Fonds vert ou l'ADEME.

Le kit traduit la logique du livret en mesures très visibles : désimperméabiliser, infiltrer, rafraîchir. Mais il manque la dimension « service public de l'assainissement » mise en avant par le livret. En réalité, les deux sont indissociables : infiltrer localement soulage les réseaux et stations, tandis que reprendre en main l'assainissement garantit que ces choix structurants ne soient pas confiés à des opérateurs privés.

Protéger le cycle de l'eau et dépolluer

Le livret eau : désimperméabiliser, restaurer les zones humides, interdire les pesticides et plastiques à usage unique, stopper les bassines, imposer le pollueur-payeur. Viser le bon état écologique et chimique.

Le kit municipales (p. 18-21) propose îlots de fraîcheur, renaturation, végétalisation des cours d'école, cantines bio locales. Exemple concret : Grenoble (594 000 euros pour 2 220 m² avec noues paysagères).

Le livret fixe une boussole politique (fin des pesticides, pollueur-payeur, bon état écologique). Le kit propose des portes d'entrée concrètes : planter, infiltrer, renaturer. Mais il ne suffit pas de planter quelques arbres. L'eau doit structurer les projets : elle ne saute pas les bordures de trottoir, elle suit la gravité, se concentre dans les points bas. L'urbanisme de l'eau est une dentelle : chaque projet doit être conçu pour ralentir, infiltrer et valoriser l'eau. C'est valable pour le neuf (intégrer la règle d'infiltration dès le PLU) comme pour l'existant (désimperméabiliser à chaque réfection).

Assurer le droit à l'eau dans les Outre-mer

Le livret eau : plan massif de renouvellement, reconnaissance du chlordécone comme scandale sanitaire, annulation des dettes illégitimes, garantir l'accès à l'eau potable, dispositions spécifiques pour Mayotte. Le kit municipales n'a pas de volet Outre-mer.

Le kit est muet sur les Outre-mer, alors que les enjeux sont immenses : accès physique à l'eau potable, infrastructures défaillantes, pollution au chlordécone. Le livret doit donc primer, et les communes et militants doivent le relier à la logique « droit à l'eau » et « santé publique ».

Promouvoir le droit à l'eau à l'international

Le livret eau : fin des PPP, crime d'écocide, coopération mondiale de l'eau, diplomatie écologique. Le kit municipales n'en fait aucune mention.

Même si les communes n'agissent pas directement à l'international, elles peuvent orienter leur coopération décentralisée : soutenir des régies publiques à l'étranger, partager des savoir-faire sur la gestion à la source, la transparence, la lutte contre les pollutions.

Conclusion

Le livret eau donne une orientation claire : eau comme commun, gestion publique en régie, interdiction des coupures, pollueur-payeur, urbanisme de l'eau et infiltration à la source, dépollution et santé publique, solidarité avec les Outre-mer et à l'international. Le kit municipales fournit des mesures concrètes et adaptables, souvent visibles et populaires (cantines bio, cours d'école oasis, îlots de fraîcheur, diagnostics participatifs).

En croisant les deux, on obtient une feuille de route opérationnelle pour les communes engagées pour l'eau publique : affirmer immédiatement les lignes rouges (pas de coupures, transparence, régie publique), lancer des chantiers visibles (désimperméabilisation, fontaines, cantines bio), préparer le long terme (renouvellement des réseaux, dépollution, planification à la source dans les PLU). L'essentiel est de rappeler que chaque euro investi dans l'urbanisme de l'eau coûte moins cher que les kilomètres de béton et de tuyaux, tout en créant des bénéfices sociaux, sanitaires, climatiques et démocratiques.