Proposition de mise à jour de L'Avenir en commun : chapitre 14, section 2 « L'eau ».
Aucune mesure ne mentionne explicitement les eaux souterraines ni les nappes phréatiques.
Source : Section 2, L'eau, enjeu central pour l'Humanité.
Le chapitre 14 parle de l'eau comme si elle était uniquement visible : cours d'eau, canalisations, méga-bassines. Or 62 % de l'eau potable en France provient des eaux souterraines. Ce sont des ressources invisibles, donc faciles à oublier, et faciles à polluer.
La nappe rhénane illustre le problème de manière spectaculaire :
La pollution est qualifiée de « pollution diffuse et chronique sur l'ensemble de la nappe rhénane » (ERMES-ii-Rhin, rapport présenté le 7 mai 2026, campagne 2022-2025, 450 000 résultats d'analyse sur 1 500 points de mesure transfrontaliers, programme Interreg VI Rhin Supérieur piloté par l'APRONA).
Et pendant que cette nappe se dégrade, des projets industriels visent à l'exploiter davantage : extraction de lithium à partir de saumures géothermales, data centers consommateurs d'eau froide, pompages agricoles.
Protéger les nappes phréatiques comme réserves stratégiques d'eau potable. Interdire les prélèvements et les activités industrielles dont l'impact sur les aquifères n'a pas été évalué de manière indépendante. Inscrire la protection des eaux souterraines dans les documents d'urbanisme (PLU, SCoT) et dans les SAGE. Créer un statut juridique de réserve souterraine d'intérêt vital pour les nappes alimentant plus de 100 000 habitants.
Les eaux souterraines souffrent d'un déficit de visibilité politique. On ne voit pas une nappe se dégrader : il faut des réseaux de mesure, des analyses chimiques, du temps. Quand la pollution apparaît au robinet, il est trop tard : la nappe mettra des décennies à se reconstituer (temps de transit dans les aquifères : 10 à 100 ans selon la profondeur et le type de roche).
C'est exactement le mécanisme d'accaparement décrit par Ostrom : la ressource invisible est surexploitée parce que personne ne perçoit le seuil critique.
En Alsace, les projets d'extraction de lithium manipulent des saumures géothermales provenant des mêmes formations géologiques que la nappe rhénane. Les promoteurs affirment qu'il n'y a pas de connexion hydraulique entre les saumures profondes (4 000-5 000 m) et la nappe superficielle (0-200 m). C'est probablement vrai en conditions normales. Mais les forages traversent toutes les couches géologiques intermédiaires, une défaillance de cimentation (événement rare mais non impossible) connecterait les deux systèmes, et les saumures géothermales contiennent des métaux lourds (arsenic, plomb, baryum) à des concentrations incompatibles avec la vie.
Le principe de précaution exige une évaluation indépendante, pas par le promoteur du projet.
Le décret n° 2024-1098 du 2 décembre 2024 (publié au JORF le 4 décembre) renforce la portée normative des SAGE : les zones humides identifiées dans le SAGE doivent désormais figurer dans les documents graphiques du PLU, et les objectifs du SAGE sont « portés à connaissance » du préfet lors des révisions de SCoT et PLU.
C'est un progrès réel mais insuffisant. Le décret ne crée aucune obligation nouvelle pour les eaux souterraines. Les nappes ne sont pas des « zones humides » ; elles n'ont pas de traduction graphique dans le PLU.