Les métabolites de pesticides sont les produits de transformation des substances actives utilisées en agriculture. Lorsqu'un pesticide est appliqué sur une culture ou dispersé dans l'environnement, il ne reste pas sous sa forme initiale : il est dégradé sous l'effet de processus biologiques (action des micro-organismes), chimiques (hydrolyse, photolyse) ou physico-chimiques (oxydation, réduction). Ces transformations donnent naissance à des composés appelés métabolites, qui peuvent migrer dans les sols, les eaux souterraines, ou les organismes vivants.

Contrairement à une idée reçue, un métabolite n'est pas nécessairement moins toxique que la substance mère. Certains conservent une activité biologique, d'autres peuvent être plus mobiles, plus persistants ou plus biodisponibles, ce qui augmente leur probabilité de contamination des nappes phréatiques. En matière de qualité de l'eau, les métabolites posent donc des problèmes spécifiques : ils sont nombreux, mal identifiés, rarement réglementés, et peu surveillés.

Une question scientifique et réglementaire complexe

Les agences sanitaires comme l'ANSES ou l'EFSA évaluent les métabolites selon plusieurs critères : leur toxicité intrinsèque, leur capacité à persister dans l'environnement, leur potentiel de bioaccumulation, et leur mobilité. Un métabolite peut être classé comme pertinent (à surveiller) s'il est jugé aussi préoccupant que la substance d'origine. Mais cette classification repose sur des données souvent incomplètes, et de nombreuses substances passent entre les mailles du filet.

En France, la directive (UE) 2020/2184 impose le contrôle des métabolites pertinents dans l'eau potable. Mais leur intégration dans les grilles de surveillance reste très limitée, et dépend des connaissances disponibles. De nombreux métabolites ne sont ni suivis, ni encadrés, ce qui crée une zone grise réglementaire. En 2022, la DGS recensait plus de 300 métabolites détectés dans les eaux brutes, dont une fraction seulement est réglementée (Ministère de la Santé, 2022).

Une surveillance lacunaire, une exposition diffuse

En pratique, les métabolites de pesticides sont fréquemment retrouvés dans les eaux de surface, les nappes, et parfois dans l'eau distribuée. Ils sont particulièrement présents dans les régions agricoles intensives, où l'usage massif d'herbicides, fongicides et insecticides augmente les risques de lixiviation. Ces composés peuvent migrer rapidement vers les nappes, selon leur solubilité et la perméabilité des sols.

Les métabolites les plus connus incluent par exemple :

  • AMPA, produit de dégradation du glyphosate, retrouvé dans de nombreuses analyses,
  • desphényl-chloridazon, métabolite du chloridazon, fréquemment détecté dans le Bassin parisien,
  • DEA et DIA, métabolites de l'atrazine, interdite en 2003 (décision de retrait de 2001), mais toujours présente dans certaines nappes.

L'exposition chronique à ces substances, même à faibles doses, reste mal caractérisée, faute d'études épidémiologiques solides. Le principe de précaution plaiderait pour leur encadrement systématique dans les limites de qualité de l'eau potable : ce qui n'est toujours pas le cas.

Repenser la gestion des résidus de pesticides

La question des métabolites révèle les limites de la réglementation actuelle, fondée sur une approche substance par substance, qui ignore les effets combinés, les transformations dans l'environnement, et les incertitudes toxicologiques. Elle interroge également la transparence des données produites par les industriels, qui sont souvent déclaratifs et incomplets.

Les données ERMES-II

Le programme ERMES-II (2022-2025) a confirmé l'ampleur de la contamination à l'échelle transfrontalière : 90 % des 1 500 points de mesure de la nappe rhénane présentent des pesticides ou leurs métabolites. Sur plus de la moitié des points, les concentrations dépassent les valeurs de référence pour la potabilité. La note détaillée sur les trois herbicides emblématiques (atrazine, S-métolachlore, chloridazone) et leurs métabolites est disponible dans les connaissances de fond du site.

« Les herbicides et leurs métabolites (atrazine, S-métolachlore, chloridazone) utilisés anciennement ou actuellement sur les grandes cultures (maïs, céréales, betterave) constituent la plus forte menace pour la qualité de l'eau. » (APRONA, brochure ERMES-ii Alsace, 2024)

Cette citation justifie le choix d'axer la surveillance sur les herbicides et non sur l'ensemble des pesticides : ce sont les grandes cultures, pas le jardinage, qui contaminent les nappes.

Références

  • ANSES. Évaluation des métabolites pertinents dans l'eau potable. Maisons-Alfort : ANSES, 2019. Disponible sur : https://www.anses.fr
  • FRANCE. Ministère de la Santé. Bilan des contrôles sanitaires de la qualité de l'eau potable. Paris, 2022. Disponible sur : https://solidarites-sante.gouv.fr
  • EFSA. Guidance on the assessment of exposure of operators, workers, residents and bystanders in risk assessment for plant protection products. EFSA Journal, 2013.
  • Directive (UE) 2020/2184 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2020 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine. JOUE, L 435/1.
  • RICHARDSON, S.D. et TERNES, T.A. Water analysis: emerging contaminants and current issues. Analytical Chemistry, 2014, vol. 86, no 6, p. 2813-2848.
  • APRONA (coord.). ERMES-ii-Rhin 2022-2025. Colmar : APRONA, 7 mai 2026. 550 p.

Voir aussi