Fiche du kit municipales. Elle reprend la proposition du livret eau « Protéger le cycle de l'eau et dépolluer » et l'approfondit à l'échelle communale, à partir de trois mesures du kit municipal.
Le kit municipal propose un plan de développement des îlots de fraîcheur végétaux et de renaturation d'une partie des sols pour lutter contre les inondations et les ruissellements (p. 18). Le réchauffement climatique accentue la fréquence des canicules et l'imperméabilisation des sols urbains favorise le ruissellement. Renaturer, verdir, rafraîchir sont des enjeux d'écologie populaire. À titre de repère de coût, la création d'un îlot de fraîcheur végétal peut coûter entre 50 000 et 150 000 euros par hectare ; l'exemple de Grenoble cité par le kit représente 594 000 euros pour 2 220 m² réaménagés, incluant l'infiltration des eaux pluviales via des noues paysagères.
Le kit propose aussi une cantine bio, locale et gratuite (p. 21), avec ré-internalisation en régie : l'agriculture industrielle emploie des pesticides et représente 19 % des émissions de gaz à effet de serre, et un enfant sur cinq arrive le ventre vide à l'école. Il propose enfin des réseaux de chaleur et de froid urbains 100 % publics (p. 15).
Protéger le cycle de l'eau et dépolluer est sans doute l'enjeu le plus transversal des politiques locales : il relie la santé publique, la qualité des milieux aquatiques, l'agriculture et l'adaptation au changement climatique. Les extraits du kit sur la renaturation, la cantine bio et les réseaux de chaleur illustrent la déclinaison locale de ce que porte le livret eau à l'échelle nationale : restaurer le cycle de l'eau, réduire les pollutions à la source, et adapter les territoires aux sécheresses et aux canicules.
Mais la dépollution ne peut se limiter aux pesticides et aux plastiques. Les polluants émergents, en particulier les PFAS (« polluants éternels »), posent aujourd'hui une menace systémique. Présents dans l'eau potable de millions de personnes en France, ils sont quasi impossibles à éliminer une fois relâchés dans l'environnement. Leur persistance, leur bioaccumulation et leurs effets sanitaires (cancers, perturbations endocriniennes, affaiblissement immunitaire) en font un enjeu de santé environnementale difficile à ignorer. Les collectivités gagneraient à agir sur trois plans : interdire à la source l'usage de ces substances, contrôler les rejets industriels, et investir dans des techniques de traitement adaptées.
Les PFAS sont utilisés dans l'industrie textile, alimentaire, chimique et dans certains traitements anti-incendie. Ils contaminent les nappes phréatiques et s'accumulent dans les organismes vivants. À l'échelle municipale, la vigilance doit porter sur les sites industriels émetteurs, les zones de captage et les réseaux de distribution. Une mairie engagée pour l'eau publique peut exiger des analyses régulières, publier les résultats en open data, et interpeller l'Agence régionale de santé ainsi que les préfets pour obtenir des restrictions d'usage.
Ce combat contre les pollutions invisibles rejoint celui pour une agriculture écologique. Le lien avec la cantine bio n'est pas seulement alimentaire : en soutenant des filières locales sans pesticides, une commune réduit les intrants chimiques qui se retrouvent dans l'eau et les sols. De même, en promouvant des régies locales de restauration scolaire, elle articule son choix de régie pour l'eau et son refus des délégations privées.
La renaturation des sols, les îlots de fraîcheur et les noues paysagères vont bien au-delà de l'aménagement esthétique : ce sont des dispositifs de gestion à la source. Ils réduisent le ruissellement, limitent la pollution diffuse transportée vers les rivières, et rechargent les nappes phréatiques. Une commune peut inscrire dans son PLU des obligations fortes de désimperméabilisation pour tout projet d'aménagement.
Enfin, la transparence est un axe politique central. Le secret des affaires est souvent utilisé par les délégataires privés pour masquer l'état réel de la ressource, des réseaux et des pollutions. Une régie publique peut renverser cette logique en publiant toutes les données de qualité de l'eau, de prélèvements et de rejets. Le Comité Consultatif des Services Publics Locaux peut être mobilisé pour en assurer le suivi citoyen.
Protéger le cycle de l'eau, c'est donc articuler trois dimensions : interdire les pollutions à la source (pesticides, plastiques, PFAS), restaurer les milieux et infiltrer l'eau à la bonne échelle (désimperméabilisation, renaturation, zones humides), et instaurer une démocratie de l'eau publique et transparente qui associe les habitantes et les habitants aux décisions. La dépollution cesse alors d'apparaître comme un coût pour devenir un choix de société.