À quoi servent ces comparaisons ?

Après avoir posé cinq façons de comparer les découpages, une question franche s'impose : à quoi bon ? Que rapporte tout cet appareil de mesure ? Est-il seulement utile, ou finit-il par établir l'inverse de ce que j'espérais, à savoir qu'il n'existe ni bon ni mauvais découpage ? Je préfère prendre la question de front, car la réponse commande le reste.

Ce que les comparaisons tranchent vraiment

Elles ne désignent pas d'emblée un vainqueur, mais elles écartent de faux gagnants, ce qui est déjà utile. Sans elles, je pourrais répéter que les départements seraient « les plus cohérents » avec le milieu ; les mesures montrent que cette cohérence tient à un effet de taille, non à une qualité de tracé. Elles rendent aussi visible le prix du changement, les nappes coupées et les départements traversés, au lieu de le passer sous silence.

Bref, elles nettoient le terrain. Elles empêchent de maquiller une préférence en vérité technique, dans un sens comme dans l'autre.

Ce que les mesures ont donné

Les mesures robustes à la taille sont faites, et elles tranchent en partie, d'une façon que je n'ai pas forcée.

Sur le critère le plus solide, celui qui ne dépend pas du nombre d'unités, l'alignement des frontières, les découpages par l'eau l'emportent nettement : les limites des six agences coïncident à 61 à 69 % avec les zonages écologiques, les vingt-trois écorégions à 46 à 53 %, contre 17 à 27 % pour les régions et 7 à 18 % pour les départements. Deux à trois fois mieux. Sur les bords, un découpage administratif tranche au travers des transitions écologiques ; un découpage par bassin les épouse. C'est l'argument robuste, et il vaut pour tout découpage parti de l'eau.

Sur le pavage intérieur des unités, une fois l'effet de taille neutralisé par un modèle nul, les vingt-trois écorégions passent devant les régions et les agences pour l'hydro-écologie et le climat, mais sans écart spectaculaire : elles sont au soixante-troisième centile du hasard pour les hydro-écorégions, pas au quatre-vingt-quinzième. Les départements, eux, ne « gagnent » que par leur finesse, pur artefact de maille. Rien ici ne sacre un scénario.

Le résultat honnête tient donc en deux temps. Partir de l'eau se démontre : sur le critère robuste, les mailles hydrographiques collent au vivant bien mieux que les mailles administratives. Mais le nombre, lui, ne se démontre pas : sur la seule cohérence écologique, les vingt-trois écorégions ne dominent pas les six agences, qui alignent même un peu mieux leurs frontières parce qu'elles n'ont que de grandes lignes de partage. Choisir vingt-trois plutôt que six ne se justifie pas par l'écologie.

Le choix du nombre reste politique, et je l'assume

C'est donc là, et là seulement, que le politique reprend la main. Si partir de l'eau est établi, le grain, lui, se choisit : sur l'équilibre des populations, sur la proximité de la délibération, sur la fidélité aux bassins réels, sur la fragmentation des nappes. Les vingt-trois écorégions ramènent la disproportion héritée des agences, une fois isolée l'anomalie parisienne irréductible, à un rapport de un à treize entre les vingt-deux autres unités ; elles coupent moins de nappes que les régions ou qu'un découpage à douze unités. Aucun de ces critères n'est une vérité de la mesure : ce sont des préférences, que j'assume.

Et je dis la mienne sans la déguiser : le scénario le plus proche des bassins, à vingt-trois écorégions. Non parce qu'un calcul le couronnerait, il ne le fait pas, mais parce qu'il part de l'eau, parle au vivant sans se perdre dans le détail, corrige la disproportion des six agences de 1964 jamais révisée sans verser dans l'émiettement, et offre un cap lisible aux habitants comme aux assemblées de bassin. C'est un choix. Les comparaisons ne le prouvent pas : elles le rendent honnête, en séparant ce qui relève de la mesure, partir de l'eau, de ce qui relève de la préférence, s'arrêter à vingt-trois.

Ce que je retiens

Je ne compare donc pas pour obéir à un chiffre, mais pour choisir en connaissance de cause. La mesure m'aide à écarter les arguments faux et à mesurer le prix de chaque option ; elle ne me dit pas, à elle seule, quelle maille adopter. Ce partage me paraît plus tenable que de faire porter à un calcul une décision qui garde, pour une part, la forme d'un choix.

À lire ensuite

  • Les cinq méthodes de comparaison, pour le détail de ce qui se mesure et comment.
  • Le biais de taille (MAUP), qui explique pourquoi aucun chiffre par unité ne se lit sans précaution.