Une écorégion est un territoire fait pour gérer le vivant, l'eau, les sols, l'air, la biodiversité, à l'échelle où ces milieux circulent. Ce n'est pas une patrie, pas un blason, pas un certificat d'appartenance. La place s'y prend en y habitant, en y buvant l'eau, en vivant le long de la même rivière, non par le sang, non par la langue, non par l'ancienneté d'un nom de famille dans le pays. Cette distinction n'est pas un détail de vocabulaire ; elle me semble le cœur de tout ce qui suit.
Elle se lit directement dans la question de savoir qui participe à l'assemblée de bassin. Y participe toute personne qui vit là, quelle que soit son origine, du seul fait qu'elle réside sur le territoire et dépend de son eau. Jamais l'enfant du pays contre le nouvel arrivant, jamais l'autochtone contre l'installé. L'appartenance à une écorégion est ouverte, résidentielle, non ethnique. C'est la première et, à mon sens, la plus solide des protections contre la dérive identitaire : l'entrée ne se fait pas par le lignage mais par le robinet.
À cette ouverture s'ajoute un refus de compétence qui achève de couper court. L'écorégion ne reçoit rien sur la culture, la langue, l'identité. Elle gouverne le cycle de l'eau et l'écologie, elle n'administre pas un peuple. Ce refus mérite d'être inscrit noir sur blanc, car il empêche de faire de la carte des bassins une carte de nations. Ces unités restent des périmètres de gestion du vivant, pas des foyers de peuples, et tout le raisonnement sur le régionalisme repose sur cet ancrage.