Définition, et ce que ce n'est pas

Une écorégion, telle que je la travaille, est une maille de territoire dessinée à partir de l'eau, à l'intérieur de laquelle celles et ceux que le réseau hydrographique relie peuvent délibérer et décider ensemble sur la ressource et sur le risque. La définition tient en peu de mots, mais chacun compte, et le sens se dégage mieux par contraste, en écartant ce que l'écorégion n'est pas.

Elle n'est pas une région administrative agrandie. Les régions actuelles ont été tracées pour d'autres raisons que l'eau, et elles coupent les bassins versants au gré de frontières héritées. Prendre une région et lui adjoindre une compétence sur l'eau ne change rien à ce défaut d'origine : le périmètre continue d'ignorer la solidarité amont-aval. L'écorégion part au contraire du bassin, et ne retient une limite administrative que lorsqu'elle coïncide avec une limite hydrographique.

Elle n'est pas non plus une agence de l'eau agrandie ou redécoupée. L'agence gère l'eau à l'échelle de grands bassins, mais elle reste un établissement technique et financier, pas une maille de délibération à hauteur d'habitant. L'écorégion s'appuie sur le savoir-faire des agences ; elle ne s'y réduit pas. Si je lie étroitement les deux, c'est pour ancrer le projet dans une institution qui gère déjà l'eau, non pour les confondre. L'agence serait le premier organe de l'écorégion, le point d'appui concret à partir duquel le reste s'articule, pas son décalque.

Elle n'est pas davantage une classification écologique des cours d'eau. Les hydro-écorégions de Wasson et de ses collègues découpent la France selon la géologie, le relief et le climat, pour dire de quel type est telle rivière et fixer les conditions de référence que le droit européen exige. C'est un outil de description et d'évaluation, indispensable à l'intérieur d'une écorégion, mais qui ne dessine pas des territoires de décision. La distinction entre les deux fait l'objet d'une page à part.

Enfin, l'écorégion n'est pas une bio-région au sens large du biorégionalisme, qui embrasse le climat, les sols, la végétation, la culture et parfois l'identité d'un lieu. Ce mouvement séduit, et cela se comprend : face au changement climatique et à une décision publique fragmentée, faire coïncider les frontières de l'action avec celles des milieux a quelque chose d'évident. Mais l'ambition trop large dilue le critère de tracé. Je préfère un point de départ unique et vérifiable, l'eau, quitte à ce que la maille obtenue puisse ensuite porter d'autres compétences que la seule gestion de l'eau. L'eau d'abord, parce qu'elle donne une prise sur le réel ; le reste ensuite, parce qu'une maille de territoire finit toujours par nouer plus que l'eau.

Ce qui unifie ces distinctions est un seul principe. L'écorégion se définit par sa finalité, délibérer et décider sur l'eau, et par son critère de tracé, le bassin versant. Tout ce qui s'écarte de ce couple, une maille tracée pour l'administration, un outil bâti pour la classification, une ambition étendue au-delà de l'eau, relève d'un autre objet, qu'il vaut mieux nommer autrement pour ne pas brouiller le débat.

Voir aussi

  • HydroLooney/Glossaire/bassin versant