Cette comparaison sert de garde-fou de praticabilité. Elle vérifie qu'une maille de gestion de l'eau reste vécue et administrable par ceux qui l'habitent, en regardant si elle recoupe ou coupe les bassins de vie. Ce qu'elle apporte au choix du découpage, c'est une mesure de l'autonomie des déplacements internes à chaque unité. Ce qu'elle n'apporte pas, c'est un critère de tracé : la maille de l'eau traite la ressource et le risque, qui suivent la pente et non la route, et n'a pas vocation à épouser les navettes domicile-travail.
Une maille de gestion de l'eau ne se juge pas seulement à sa cohérence physique. Elle doit aussi pouvoir être vécue et administrée par ceux qui l'habitent. La question de la mobilité entre dans la comparaison par là : dans quelle mesure une écorégion recoupe les bassins de vie et les aires d'attraction où se déploient effectivement les déplacements quotidiens, ou au contraire les coupe.
Le bassin versant et le bassin de vie ne se superposent pas. L'un suit la ligne de partage des eaux, l'autre suit les routes, les emplois, les services. Une frontière hydrographique peut traverser une aire d'attraction urbaine, comme une aire d'attraction peut chevaucher deux bassins. La comparaison mesure ce décalage : elle regarde, pour chaque écorégion, comment se distribuent les logiques d'attraction et d'autonomie des territoires qu'elle contient.
Comment lire ce graphique. Chaque écorégion occupe une barre dont la longueur donne l'autonomie des navettes : la part des trajets domicile-travail qui restent à l'intérieur de l'unité, sans en franchir la frontière. Une barre longue dit une écorégion qui contient ses propres déplacements ; une barre courte dit une écorégion qui coupe des flux quotidiens vers l'extérieur. La lecture ne consiste pas à viser cent pour cent, impossible et non souhaité, mais à repérer les cas de forte fuite, qui signalent où une frontière de bassin traverse une aire d'attraction. À l'échelle des vingt-trois écorégions, l'autonomie moyenne s'établit à plus de neuf trajets sur dix, un niveau élevé qui monte encore avec la taille des mailles.
Le décalage n'invalide pas le choix du bassin versant, mais il en précise la portée. La maille de gestion de l'eau n'a pas vocation à remplacer les découpages de la vie quotidienne : elle traite la ressource et le risque, qui suivent la pente et non la route. Le fait qu'une écorégion ne coïncide pas avec une aire d'attraction n'est donc pas un défaut ; c'est le signe que les deux répondent à des besoins distincts. Ce qui importe, c'est que la maille de gestion reste lisible et praticable pour les habitants, sans exiger d'eux qu'elle épouse leurs déplacements.
La comparaison a une valeur de garde-fou. Une écorégion qui découperait finement une même aire d'attraction, séparant institutionnellement des territoires étroitement liés par la mobilité, poserait un problème de praticabilité. À l'inverse, une écorégion qui contient plusieurs bassins de vie faiblement reliés entre eux signale une diversité interne dont la programmation devra tenir compte. La mobilité éclaire ainsi la tension entre la logique physique du bassin et la logique fonctionnelle du territoire habité, sans que l'une doive plier devant l'autre.
Autonomie des navettes domicile-travail par écorégion : la géographie vécue des déplacements.
Comment lire cette carte. Chaque écorégion est coloriée selon l'autonomie de ses navettes domicile-travail : plus la teinte est soutenue, plus les trajets restent internes à l'unité. Les écorégions les plus claires sont celles qui laissent fuir des déplacements vers l'extérieur, souvent au voisinage des grandes aires urbaines qui débordent d'un bassin sur l'autre. La lecture utile est de situer ces cas de fuite pour savoir où une coordination inter-écorégions sera la plus nécessaire, sans en faire un motif de redécoupage.
Je pose côte à côte la maille départementale et la maille écorégionale, pour voir ce que le passage à l'écorégion change à la lecture de l'autonomie des déplacements.
Comment lire cette carte. Le curseur partage l'écran : à gauche l'autonomie des navettes par département, à droite ramenée aux vingt-trois écorégions. La teinte donne la part des trajets internes ; plus elle est soutenue, plus l'unité contient ses propres déplacements. Faites glisser le curseur pour comparer. Le passage à l'écorégion fait mécaniquement monter l'autonomie, une maille plus grande absorbe des flux qui, à l'échelle départementale, franchissaient une frontière : le département retient huit trajets sur dix, l'écorégion plus de neuf.
L'autonomie des navettes monte avec la taille de la maille : quatre-vingt-un pour cent des trajets restent internes à l'échelle départementale, quatre-vingt-onze pour cent à l'échelle des vingt-trois écorégions. Le découpage par l'eau est donc praticable pour les habitants, sans prétendre épouser leurs déplacements : il traite la ressource et le risque, non la mobilité, et les rares fuites signalent où coordonner, non où redécouper.