Les scénarios

À quoi sert cette section ? Elle met le grain fin à l'épreuve de repères concurrents : six grandes régions, douze écorégions, variantes bâties sur des départements entiers. Chaque piste est montée jusqu'au bout et chiffrée sur les mêmes indicateurs, pour dire non pas laquelle serait naïve, mais où chacune cède.

Un découpage ne se pose pas d'un coup. Avant d'arrêter le grain fin à vingt-trois écorégions, plusieurs manières de partager la France ont été montées jusqu'au bout, chiffrées sur les mêmes indicateurs et confrontées à armes égales. Deux d'entre elles reviennent sans cesse dans le débat public parce qu'elles sont lisibles : six grands ensembles calés sur les bassins, douze ensembles plus sensibles aux sous-bassins. Elles servent ici de repères. Les comparer au résultat fin permet de dire non pas qu'elles sont naïves, mais où chacune cède, et sur quel terrain.

Le scénario à six grandes régions offre une carte immédiatement lisible et n'exige que des mouvements de départements limités. C'est sa force et sa limite : de si vastes ensembles noient les affluents dans les fleuves et les petits bassins côtiers dans de larges agrégats, et ils accroîtraient le poids politique des exécutifs régionaux au détriment d'une planification tenue au plus près de l'eau. Le scénario à douze resserre la maille et colle mieux aux sous-bassins, là où l'eau se gère réellement ; il équilibre remarquablement les populations. Mais douze frontières se multiplient, et beaucoup ne se déduisent pas de la seule hydrographie : il faut alors mobiliser des critères extérieurs au bassin versant.

Une donnée départage ces pistes plus que les autres, celle des nappes souterraines coupées. Le scénario à six tranche près d'un cinquième des masses d'eau souterraines, celui à douze presque trois sur dix, davantage encore que le grain fin. La raison tient à la manière dont ces ensembles sont bâtis : en cherchant l'équilibre démographique et les grands bassins de surface, ils scindent des systèmes aquifères qui débordent d'un bassin sur l'autre. Le grain fin retenu, à vingt-trois unités, ramène ce taux de coupe des nappes à vingt-deux pour cent tout en resserrant encore les autres frontières. Il ne sacrifie ni l'eau bleue des rivières ni l'eau verte et souterraine à la commodité d'un tracé.

Part d'entités coupées selon la finesse du découpage

Reste une objection récurrente, qui vise le grain fin : à vingt-trois, deux départements sur trois sont traversés par une frontière d'écorégion. L'objection paraît lourde ; elle ne l'est pas. Le département a été taillé à la fin du dix-huitième siècle pour l'accessibilité, à cheval sur les rivières et par-dessus les nappes. Le respecter à la lettre, c'est précisément mal découper l'eau. Couper des départements n'est donc pas un défaut du tracé mais la conséquence assumée de partir de l'eau plutôt que d'un maillage administratif hérité.

Les pages suivantes reprennent chacune de ces pistes en détail : les six grandes régions, les douze écorégions, la confrontation du résultat à vingt-trois avec ces deux repères, et la raison pour laquelle couper des départements ne pose pas le problème que cette coupure semble poser. La méthode de comparaison elle-même, avec l'ensemble des comparants, relève de l'espace consacré à la méthode.

Ce qu'il faut en retenir

Les repères lisibles cèdent chacun quelque part : les six diluent la matière de l'eau dans de vastes ensembles, les douze coupent le plus de nappes de tout le jeu testé. Le grain fin à vingt-trois n'arrive pas premier partout, mais il ne s'effondre nulle part et tient ensemble l'eau de surface et l'eau souterraine.