Redessiner la France sur ses bassins réveille une objection que je prends au sérieux, plus que les querelles de tracé ou de chiffre. Elle ne porte pas sur une ligne de partage des eaux mais sur un risque politique : en épousant finement les milieux, un découpage tombe forcément sur des ensembles que l'histoire a chargés de sens, et il livrerait alors une carte prête à l'emploi à ceux qui rêvent d'un pays de peuples enracinés. Le risque me paraît réel. Il ne se conjure pas en se taisant, mais en nommant bien les choses.

La réponse tient en peu de mots avant d'être détaillée. Une écorégion est un territoire fait pour gérer le vivant à l'échelle où il circule, pas un certificat d'appartenance ; l'identité régionale, elle, vit ailleurs, dans une culture et une mémoire qu'aucun tracé de bassin ne crée ni n'efface ; et le glissement redouté, d'une frontière écologique vers une frontière ethnique, se désamorce par des règles précises, à commencer par le nom, hydronymique et non identitaire. Ces trois moments se lisent séparément dans les pages suivantes.

Une écorégion sert à gérer le vivant, non à certifier une appartenance : cette distinction porte le reste, et la première page l'établit. Les identités régionales existent, vivaces, mais ne logent pas dans un périmètre de gestion de l'eau : la deuxième page le montre. Le risque de récupération est réel et dissymétrique : la troisième le nomme sans le dramatiser. Reste alors le pare-feu, cette règle qui veut qu'une écorégion s'appelle par son eau et jamais par son peuple, doublée de quelques garde-fous : la dernière page les tient.

Le découpage en 23 écorégions, sa méthode et les objections que je m'adresse à moi-même sont exposés dans la note d'entrée de la série. Ce que deviennent les transports, les lycées et l'aide économique des régions actuelles est traité à part, dans la réponse sur les compétences.