Occupation du sol

À quoi sert cette comparaison ?

Cette comparaison relie le découpage à la pression réelle sur le cycle de l'eau : un sol artificialisé n'infiltre plus, il ruisselle. Ce qu'elle apporte au choix de la maille, c'est la mesure de ce que les usages humains ajoutent au régime naturel de l'eau, densité, imperméabilisation, drainage. Ce qu'elle n'apporte pas, c'est un critère de tracé : l'occupation du sol ne dessine pas les frontières, elle justifie que le bassin réunisse l'amont peu artificialisé et l'aval urbanisé dans la même institution, pour que la solidarité entre ces réalités puisse se penser.

L'occupation du sol relie la comparaison des découpages à la pression réelle exercée sur le cycle de l'eau. Un sol artificialisé n'infiltre plus : il ruisselle. La densité de population, le taux d'imperméabilisation et la densité de drainage se tiennent ensemble, et leur répartition entre unités révèle des écarts qu'aucune ligne administrative ne rend visible par elle-même.

La densité de drainage mesure la longueur cumulée des tronçons hydrographiques rapportée à la surface. Elle traduit l'intensité de la structuration hydraulique d'un territoire. Sur les cent quarante-deux mille tronçons de la base topographique, l'Adour atteint 1,33 kilomètre par kilomètre carré et la Corse 1,30, sous l'effet des reliefs et des précipitations atlantiques et méditerranéennes. À l'opposé, la Saône descend à 0,54 et la Seine centrale à 0,29, en grandes plaines sédimentaires ou en tronçon urbain dense. La médiane nationale se tient à 0,84.

Artificialisation des sols par écorégion

Comment lire ce graphique. Chaque écorégion figure par une barre dont la longueur donne la part de son sol artificialisé, bâti, voirie, surfaces scellées. Plus la barre est longue, plus le sol est imperméabilisé, donc ruisselant. La lecture utile est l'amplitude entre les extrêmes : la Seine centrale, l'écorégion parisienne, s'étire loin devant, quand la Corse et les Leyre et Landes de Gascogne restent au plus bas, largement perméables. Cet écart mesure la pression urbaine sur le cycle de l'eau, écorégion par écorégion, et rappelle que gérer l'eau à la maille du bassin, c'est réunir dans la même unité la ville scellée et son arrière-pays qui infiltre.

La Seine centrale, écorégion parisienne, condense l'ensemble de ces tensions. Mille cent kilomètres carrés pour six millions sept cent mille habitants, soit plus de six mille habitants au kilomètre carré : la densité la plus élevée des vingt-trois unités, un sol massivement artificialisé et, en contrepoint, la densité de drainage la plus faible. Là où la ville a effacé les cours d'eau et scellé les sols, l'eau ne s'infiltre plus, elle est captée par des réseaux. À l'autre extrémité, la Corse et les Leyre et Landes de Gascogne restent sous cinquante-cinq habitants au kilomètre carré, avec des sols largement perméables.

Le lien entre densité de population et artificialisation n'est pas fortuit : il se mesure. La régression entre les deux montre que le taux d'imperméabilisation croît avec la densité, ce qui donne à la comparaison une portée directe sur la gestion de l'eau. Une écorégion dense n'est pas seulement plus peuplée : elle génère plus de ruissellement, concentre les rejets, et impose une gestion du risque et de la ressource différente d'une écorégion rurale au sol vivant.

Cette lecture par l'occupation du sol boucle la comparaison des découpages. Le relief et le climat commandent le régime naturel de l'eau ; les hydro-écorégions en classent les milieux ; l'occupation du sol dit ce que les usages humains ajoutent à ce régime. Une maille de gestion pertinente doit tenir les trois ensemble, et c'est parce que le bassin versant réunit l'amont peu artificialisé et l'aval urbanisé qu'il reste le territoire où la solidarité entre ces réalités peut se penser.

Ce que recouvrent ces grands postes

Derrière le mot « artificialisé » se cachent des réalités très inégales pour l'eau. À l'échelle nationale (Corine Land Cover 2018), l'artificialisé est d'abord du tissu urbain discontinu, à plus des trois quarts ; viennent ensuite les zones industrielles et commerciales, puis les espaces de sport et de loisirs. Le tissu urbain continu, le plus imperméable, ne pèse qu'un peu plus d'un centième : la France s'étale plus qu'elle ne se densifie, et c'est cet étalement qui scelle les sols.

Poste artificialisé Part de l'artificialisé
Tissu urbain discontinu 76 %
Zones industrielles et commerciales 13 %
Sport et loisirs 4 %
Extraction de matériaux 2 %
Réseaux routiers et ferrés 2 %
Tissu urbain continu 1 %

Comment lire ce tableau. Chaque ligne est un poste de sol artificialisé ; la part donnée est sa contribution au total artificialisé du pays, non à la surface totale. Ces grands postes couvrent la quasi-totalité de l'artificialisé. La lecture instructive est le contraste entre les trois quarts de tissu urbain discontinu, l'habitat pavillonnaire lâche, et le maigre pour cent de tissu continu, le cœur dense des villes : la France scelle ses sols surtout en s'étalant, ce qui multiplie les surfaces imperméables et les rejets à traiter dans chaque bassin.

Côté agricole, la même base distingue les grands types d'usage. Les terres arables non irriguées dominent, à près de la moitié, suivies des prairies, puis des systèmes culturaux complexes. Les vignobles, très localisés, pèsent peu à l'échelle nationale mais façonnent quelques écorégions.

Grand type agricole Part de l'agricole
Terres arables (non irriguées) 48 %
Prairies 26 %
Systèmes culturaux complexes 17 %
Agricole mêlé d'espaces naturels 5 %
Vignobles 3 %

Comment lire ce tableau. Chaque ligne est un grand type d'usage agricole ; la part donnée est sa contribution à la surface agricole du pays, ces grands postes en couvrant la quasi-totalité. À gros grain, la Corine Land Cover range près de la moitié de l'agricole en terres arables et un quart en prairies, mais ne dit pas quelles cultures poussent réellement. Pour l'eau, la différence compte : une terre arable irriguée en maïs et une prairie permanente n'ont pas le même rapport à l'étiage et à l'azote. Ce tableau donne un cadrage, que le Registre parcellaire graphique affine ensuite culture par culture.

Ce détail vient de la Corine Land Cover 2018, à gros grain. Le croisement fin avec le Registre parcellaire graphique, qui donnerait les cultures réelles par écorégion (blé, maïs, prairies, vigne), reste à faire : il suppose d'ajouter le RPG 2024 à la base de données.

La carte

Part agricole du sol par écorégion (Corine Land Cover 2018).

Part agricole du sol par écorégion (Corine Land Cover 2018).

Comment lire cette carte. Chaque écorégion est coloriée selon la part agricole de son sol : plus la teinte est soutenue, plus l'écorégion est cultivée. Les écorégions les plus claires sont les plus boisées ou les plus urbaines, où l'agricole recule. La lecture utile est le complément des autres cartes de la série : là où l'agricole domine, le sol est travaillé et découvert une grande partie de l'année, ce qui pèse sur le ruissellement et sur les apports en azote dans les cours d'eau du bassin.

Du département à l'écorégion : l'artificialisation

Le contraste est le plus parlant de tous. Un département comme Paris frôle les cent pour cent de sol artificialisé ; l'écorégion Seine centrale, qui réunit la ville et son arrière-pays agricole dans la même institution de bassin, retombe autour de dix-huit pour cent. C'est toute la différence entre gérer l'eau à la maille de la ville et la gérer à la maille du bassin qui l'alimente.

Comment lire cette carte. Le curseur partage l'écran : à gauche la part de sol artificialisé par département, à droite ramenée aux vingt-trois écorégions. Plus la teinte est soutenue, plus le sol est scellé. Faites glisser le curseur pour comparer les deux mailles. Le contraste est ici le plus fort de toute la série : à gauche, Paris tranche en très sombre sur sa couronne ; à droite, la Seine centrale, qui absorbe la ville et son arrière-pays agricole dans une seule écorégion, retombe à une teinte modérée. La maille du bassin dilue la pression urbaine dans le territoire qui l'alimente, au lieu de l'isoler.

Ce qu'il faut en retenir

L'artificialisation va de un extrême à l'autre selon la maille : Paris frôle les cent pour cent de sol scellé, l'écorégion Seine centrale qui l'englobe retombe autour de dix-huit pour cent. Le sol artificialisé est d'abord du tissu urbain discontinu, plus des trois quarts : la France scelle en s'étalant. Gérer l'eau à la maille du bassin, c'est réunir la ville imperméable et son arrière-pays perméable dans la même institution, condition pour penser la solidarité amont-aval.

Voir aussi

  • Nappes en cogestion
  • Relief et pentes