Comment colorer les cartes avant/après, où un curseur fait glisser l'affichage des départements aux écorégions, pour qu'elles soient à la fois honnêtes et lisibles ? La couleur n'est pas un habillage : c'est elle qui porte la comparaison. Mal réglée, elle fait mentir la carte sans que rien ne le signale.
Cinq règles, une par situation.
Une échelle partagée par variable, sur tous les découpages. Une même valeur doit donner la même couleur des deux côtés du curseur, et d'un découpage à l'autre. Sans cela, l'œil compare des couleurs et non des grandeurs, et une écorégion sèche pourrait paraître plus arrosée qu'un département pluvieux simplement parce que chaque carte a réglé sa palette dans son coin. Les bornes se calculent donc une fois, sur la réunion de tous les découpages de la variable.
Écrêter les valeurs extrêmes. Certaines grandeurs sont écrasées par un point unique : l'artificialisation de Paris, un prélèvement industriel isolé. Sur une échelle linéaire, ce point mange toute la gamme et le reste vire au pâle uniforme. Je borne alors l'échelle à des centiles robustes, du deuxième au quatre-vingt-dix-huitième, pour rendre au corps de la distribution ses nuances.
Passer au logarithme quand la grandeur est multiplicative. La densité de population, les volumes prélevés varient sur plusieurs ordres de grandeur. Une échelle logarithmique rend alors lisibles à la fois les faibles et les fortes valeurs, là où le linéaire n'en montre qu'un bout.
Palette divergente et centrée sur zéro pour les écarts. Quand la carte montre une différence (l'étiage projeté moins l'actuel, une évolution), la couleur doit avoir un point neutre au zéro, un versant froid pour les baisses, un versant chaud pour les hausses. Le regard voit alors le signe avant l'intensité.
Palette qualitative fixe pour le catégoriel. Culture dominante, grande région forestière, type de climat : chaque classe reçoit une couleur stable, identique d'un découpage à l'autre, choisie dans un jeu lisible et distinguable. J'évite l'arc-en-ciel, trompeur parce que perceptuellement inégal, au profit de palettes éprouvées.
Une dernière question, transverse : comparer des variables entre elles (superposer relief et revenu, par exemple) suppose de les ramener d'abord à une échelle commune, par centrage-réduction ou mise entre zéro et un. Sans quoi ce sont les unités, pas les phénomènes, que je compare.
flowchart TB
V["Quelle variable ?"] --> Q["Quantitative continue"]
V --> E["Écart / différence"]
V --> K["Catégorielle"]
Q --> Q1{"Distribution ?"}
Q1 -->|"étalée, extrêmes"| L["Log ou écrêtage robuste (2-98e centile)"]
Q1 -->|"régulière"| Lin["Linéaire, bornes partagées"]
E --> Div["Palette divergente centrée sur 0"]
K --> Cat["Palette qualitative fixe par classe"]
L --> S["Échelle partagée sur tous les découpages"]
Lin --> S
Div --> S
Cat --> S
J'applique la même politique de couleur à toutes les cartes comparatives : les bornes sont calculées une fois par variable, sur l'ensemble des découpages ; les distributions à valeurs extrêmes passent en écrêtage ou en logarithme ; les écarts prennent une palette divergente centrée sur zéro ; les catégories gardent une palette stable d'une carte à l'autre. Cette discipline garantit qu'un avant/après dit vrai et que deux cartes se lisent l'une contre l'autre.
Un arbitrage demeure. L'échelle partagée et linéaire est la plus honnête pour un avant/après (même valeur, même couleur des deux côtés), mais elle écrase les extrêmes. La classification par quantiles ou par seuils naturels rend le motif spatial très lisible, mais elle rompt l'équivalence valeur-couleur entre les deux côtés du curseur : je lis alors des rangs, plus des grandeurs. Je réserve donc les quantiles aux cartes où c'est le motif qui compte, et je garde l'échelle partagée et écrêtée pour les comparaisons chiffrées. Aucune palette n'est neutre : le choix se dit, il ne se subit pas.