Le climat mesure la pression du changement sur chaque territoire, il ne dessine pas les frontières. Il apporte deux choses au choix du découpage : il vérifie que les enveloppes climatiques héritées ne sont pas prises pour des limites stables, et il situe où la tension sur la ressource va le plus s'aggraver. Ce qu'il n'apporte pas, c'est un substitut aux données hydrologiques : un même type climatique ne produit pas partout les mêmes régimes de crue et d'étiage. Le climat reste un proxy, la frontière du bassin, elle, ne bouge pas quand le climat change.
Le climat est le troisième déterminant du fonctionnement des cours d'eau. Il règle les apports en eau, la température, le régime hydrologique : la fréquence des crues, la sévérité des étiages, les débits de référence sur lesquels repose la gestion de la ressource. C'est aussi le seul déterminant qui bouge à l'échelle du siècle, et cette instabilité change tout à la comparaison des découpages.
La classification de Köppen-Geiger répartit la France métropolitaine en un petit nombre de types climatiques. Dans la période de référence 1991-2020, le tempéré doux sans saison sèche couvre l'essentiel du pays, autour de quatre-vingt-cinq pour cent du territoire. Le tempéré à été chaud, le méditerranéen à sécheresse estivale, les climats froids de montagne et le domaine polaire des hauts sommets se partagent le reste. Cette photographie sert d'état de départ.
Comment lire ce graphique. Chaque écorégion est représentée par une barre découpée en segments de couleur, une couleur par type climatique de Köppen : l'océanique tempéré, le méditerranéen à été chaud, les climats de montagne. La longueur de chaque segment donne la part de l'écorégion sous ce type. Une barre d'une seule couleur signale une écorégion climatiquement homogène ; une barre panachée signale un territoire à cheval sur deux climats. Le graphique montre ici que dix-neuf écorégions sont dominées par l'océanique tempéré et quatre par le méditerranéen, ce qui explique que le climat, à lui seul, sépare mal les vingt-trois unités les unes des autres : c'est un déterminant de fond, pas un critère de tracé.
Les projections récentes déplacent cette carte. Sous le scénario d'émissions élevées, Strohmenger et ses collègues estiment en 2024 que la part du tempéré doux à été frais passe de quatre-vingt-cinq à quatorze pour cent du territoire entre l'état historique et la fin du siècle, avec une transition vers le tempéré à été chaud ou le méditerranéen sur la grande majorité du pays. La vitesse de déplacement horizontal des enveloppes climatiques vers le nord est estimée à environ sept kilomètres par an. Des territoires aujourd'hui à régime pluviométrique régulier pourraient se retrouver, dans les décennies à venir, sous un régime à sécheresse estivale marquée.
Cette dimension temporelle pèse directement sur la comparaison des zonages. Les hydro-écorégions sont fondées sur des normales climatiques anciennes, celles de 1961-1990. Elles décrivent la France telle qu'elle fonctionnait avant les grandes perturbations, et leur tracé n'est pas conçu pour évoluer. Une maille de gestion calquée sur les hydro-écorégions hériterait donc de cette instabilité : les enveloppes climatiques qui les fondent en partie sont précisément celles qui se déplacent. À l'inverse, le bassin versant est déterminé par la géologie et le relief, déterminants stables à l'échelle du siècle. La frontière d'une écorégion ne bouge pas quand le climat change ; ce qui change, ce sont les régimes hydrologiques à l'intérieur de cette frontière, et c'est justement là que la maille de gestion doit s'adapter.
Le climat garde toutefois ses limites comme indicateur. Un même type climatique en deux lieux et deux époques ne produit pas les mêmes régimes de crue ou d'étiage : la géologie, la morphologie, l'occupation du sol et le degré d'artificialisation diffèrent. Strohmenger et ses collègues le notent eux-mêmes, un climat méditerranéen au nord n'équivaut pas exactement au même climat au sud. Le climat reste un proxy, non un substitut aux données hydrologiques. Il sert à mesurer la pression du changement sur chaque territoire, pas à en dessiner les frontières.
Type de Köppen dominant par écorégion : l'océanique tempéré partout, sauf l'arc méditerranéen.
Comment lire cette carte. Chaque écorégion est coloriée selon son type climatique dominant, celui qui couvre la plus grande part de sa surface. La carte confirme le partage en deux : une France à dominante océanique tempérée, dix-neuf écorégions, et un arc méditerranéen de quatre écorégions du sud. La lecture utile n'est pas la couleur d'une unité prise seule, mais la ligne de partage : elle suit le relief et la façade méditerranéenne, non les limites administratives, ce qui rappelle que le climat est un déterminant physique et non un tracé de gestion.
Le climat ne fait pas que déplacer les enveloppes de température, il assèche les rivières. Les projections hydrologiques d'Explore2 estiment l'évolution du débit d'étiage, le débit des basses eaux, à la fin du siècle. Le résultat est sévère et inégal : sous le scénario le plus pessimiste, l'étiage recule dans presque toutes les écorégions, jusqu'à près de quarante pour cent dans les plus exposées, du sud-ouest aux têtes de bassin du Massif central. Ramenée à l'écorégion, cette carte dit où la tension sur la ressource va le plus s'aggraver, et donc où la gestion par bassin devra être la plus vigilante.
Comment lire cette carte. Le curseur partage l'écran : à gauche l'évolution projetée de l'étiage par département, à droite ramenée aux vingt-trois écorégions. La teinte donne le recul du débit des basses eaux à la fin du siècle ; plus elle est marquée, plus l'assèchement projeté est fort. Faites glisser le curseur pour comparer les deux mailles. La lecture juste va aux écorégions les plus sombres du sud et des têtes de bassin, où le recul approche les quatre dixièmes : ce sont les territoires où la gestion par bassin devra être la plus vigilante. Rappel de prudence, ces valeurs sont des projections médianes, pas des mesures.
Ce sont des projections, pas des mesures : évolution du débit d'étiage entre 1976-2005 et 2070-2099, scénario RCP 8.5, médiane de l'ensemble Explore2 de dix-sept chaînes climat-hydrologie (INRAE et OiEau, 2024). L'incertitude entre modèles est réelle ; la médiane donne la tendance, pas une certitude.
Dix-neuf écorégions relèvent de l'océanique tempéré, quatre du méditerranéen : le climat sépare mal les unités, mais il pèse lourd sur leur avenir. L'étiage projeté recule jusqu'à trente-neuf pour cent dans le Var et l'Argens, trente-six en Corse, trente-quatre en Isère-Durance à l'horizon 2070-2099 sous le scénario pessimiste. La frontière du bassin ne bouge pas avec le climat ; ce sont les régimes internes qui changent, et c'est là que la maille de gestion devra s'ajuster.