Forêt et sylvoécorégions

À quoi sert cette comparaison ?

Cette comparaison vérifie qu'un découpage fondé sur l'eau retrouve, sans les chercher, les grandes lignes de la carte forestière. Ce qu'elle apporte au choix de la maille, c'est une confirmation croisée : trois zonages, l'eau, la forêt, l'hydro-écologie, entrant tous par le vivant, convergent parce que relief, climat et sols commandent ensemble l'arbre et la rivière. Ce qu'elle n'apporte pas, c'est un critère de tracé propre : le boisement caractérise le rapport à l'eau d'une écorégion, il ne fixe pas ses frontières.

La forêt et les milieux semi-naturels couvrent près du tiers du pays, mais leur répartition est très inégale, et cette inégalité parle directement du rapport à l'eau : une écorégion boisée retient, infiltre et tempère, là où une écorégion de plaine cultivée ruisselle et s'assèche vite.

Le boisement, très inégal

D'une écorégion à l'autre, la part de forêt et de milieux semi-naturels passe d'environ trois pour cent à plus de quatre-vingts. Les reliefs et l'arc méditerranéen sont massivement boisés, en tête la Corse à 85 %, puis le Var et l'Argens et l'Isère-Durance, au-delà de 75 %, et la Leyre et Landes de Gascogne, autour de 73 %. À l'opposé, les grandes plaines céréalières du nord et du bassin parisien tombent sous dix pour cent. Le contraste recoupe celui de l'agriculture : là où l'herbe et le bois dominent, le sol reste vivant ; là où le blé et le maïs s'étendent, il est travaillé et découvert une grande partie de l'année.

Taux de boisement par écorégion, part de forêt et milieux semi-naturels (Corine Land Cover 2018).

Comment lire cette carte. Chaque écorégion est coloriée selon son taux de boisement, la part de forêt et de milieux semi-naturels dans sa surface : plus la teinte est soutenue, plus l'écorégion est boisée. Les plus sombres sont les reliefs et l'arc méditerranéen, la Corse en tête, les plus claires les grandes plaines céréalières du nord. La lecture utile est le rapport à l'eau qui s'y attache : une écorégion sombre retient, infiltre et tempère, une écorégion claire ruisselle et s'assèche vite. Ce contraste recoupe celui de l'agriculture, herbe et bois d'un côté, blé et maïs de l'autre.

Feuillus, conifères, forêts mixtes

À l'échelle nationale, la forêt est d'abord feuillue, à près de neuf millions d'hectares, devant les conifères, autour de trois millions et demi, et les forêts mixtes, deux millions. La composition varie selon le socle et le climat : chênes et hêtres des plaines et des moyennes montagnes atlantiques, résineux des reliefs alpins et pyrénéens et des grandes plantations landaises, mélanges partout où les deux se rencontrent. Cette composition commande la sensibilité au feu, à la sécheresse et aux ravageurs, autant d'enjeux qui débordent la seule gestion de l'eau mais s'y rattachent par le cycle du sol et de l'évapotranspiration.

Les sylvoécorégions, une géographie du milieu forestier

Il existe, pour la forêt, un zonage écologique construit dans le même esprit que celui proposé ici pour l'eau. L'Inventaire forestier national, à l'Institut national de l'information géographique et forestière, a défini en 2011 les sylvoécorégions : quatre-vingt-six unités pour la France métropolitaine, cinq de plus pour les alluvions récentes, regroupées en onze grandes régions écologiques. Chaque sylvoécorégion est la plus vaste zone à l'intérieur de laquelle les facteurs qui déterminent la production forestière et la répartition des grands types d'habitat varient de façon homogène, selon une combinaison propre, différente des zones voisines.

Le principe mérite d'être souligné, parce qu'il rejoint exactement la démarche des écorégions du cycle de l'eau. Les sylvoécorégions sont tracées à partir de conditions physiques dominantes, climat, sols, relief, indépendamment de toute limite administrative. Elles partent du milieu, comme la proposition écorégionale part de l'eau, et comme les hydro-écorégions de l'INRAE partent des cours d'eau. Trois zonages, trois entrées par le vivant, qui convergent bien plus qu'ils ne se contredisent : une carte fondée sur l'eau retrouve, sans les chercher, les grandes lignes de la carte forestière et de la carte hydro-écologique, parce que le relief, le climat et les sols commandent ensemble l'eau, l'arbre et la rivière.

Le croisement est désormais fait, sur la couche officielle des sylvoécorégions de l'IGN. Rapportée aux grandes régions écologiques forestières, chaque écorégion tombe en moyenne à 71 % dans une seule GRECO, un peu mieux encore que sa cohérence avec les hydro-écorégions, à 64 %. Le découpage par l'eau retrouve donc, sans l'avoir cherché, la carte forestière presque aussi bien que la carte hydro-écologique. Certaines écorégions coïncident presque parfaitement avec une grande région forestière, les Bassins bretons, la Corse, la Leyre et Landes de Gascogne, la Seine centrale, au-delà de 99 % ; d'autres, comme le Rhône, en chevauchent plusieurs, ce qui traduit une diversité interne réelle.

La grande région écologique forestière dominante dans chaque écorégion (IGN, sylvoécorégions).

Comment lire cette carte. Chaque écorégion est coloriée selon la grande région écologique forestière, la GRECO de l'IGN, qui occupe la plus grande part de sa surface. Deux écorégions de même teinte relèvent du même grand ensemble forestier. La lecture décisive est la coïncidence : là où une écorégion se pare d'une couleur unie et franche, comme les Bassins bretons ou la Corse au-delà de quatre-vingt-dix-neuf pour cent, la carte de l'eau et la carte de la forêt se superposent presque parfaitement. Là où les teintes se mêlent, comme dans le Rhône, l'écorégion chevauche plusieurs GRECO, signe d'une diversité interne réelle. La convergence, non cherchée, tient à ce que relief, climat et sols commandent ensemble l'arbre et la rivière.

Boisement et type de forêt viennent de la Corine Land Cover 2018 et de la BD Forêt de l'IGN ; le croisement GRECO, de la couche sylvoécorégions de l'IGN et de l'Inventaire forestier national. Données publiques et gratuites.

Du département à l'écorégion

Je compare la maille départementale et la maille écorégionale pour voir ce que le découpage par l'eau regroupe sur le taux de boisement.

Comment lire cette carte. Le curseur partage l'écran : à gauche le taux de boisement par département, à droite ramené aux vingt-trois écorégions. Plus la teinte est soutenue, plus l'unité est boisée. Faites glisser le curseur pour comparer. Le passage à l'écorégion regroupe en grands ensembles cohérents ce que la maille départementale morcelle, la façade landaise et son massif de pins, l'arc méditerranéen et ses forêts sèches, les plaines céréalières nues : la géographie du bois se lit d'un coup, à la maille du bassin.

Ce qu'il faut en retenir

Rapportée aux grandes régions écologiques forestières, chaque écorégion tombe en moyenne à soixante et onze pour cent dans une seule GRECO, un peu mieux encore que sa cohérence avec les hydro-écorégions, soixante-quatre pour cent. Le découpage par l'eau retrouve donc la carte forestière presque aussi bien que la carte hydro-écologique, sans l'avoir cherché : trois zonages entrés par le vivant convergent, parce que relief, climat et sols commandent ensemble l'eau, l'arbre et la rivière.