La règle que je propose tient en une phrase. L'écorégion prend ce qui relève du vivant et du cycle long, l'eau, les sols, l'air, la biodiversité ; tout le reste redescend au plus près des gens ou remonte à l'État, selon l'échelle à laquelle il se traite le mieux. Ce n'est pas une redistribution au hasard, c'est un tri par la bonne maille.
Sur le versant écologique, l'écorégion devient l'échelon principal de la planification des ressources. Elle porte le cycle de l'eau, la protection de la ressource, les milieux aquatiques, les zones humides, les continuités écologiques, la lutte contre l'artificialisation des sols, la qualité de l'air, la forêt, l'énergie dans sa dimension d'aménagement. Aujourd'hui ces compétences sont éparpillées entre quatre niveaux, l'État, la région, le département et le bloc communal, chacune sur un fondement différent, sans cohérence de milieu. L'écorégion les rassemble à l'échelle où l'eau et le vivant circulent réellement.
Sur le versant non écologique, le mouvement est inverse, et c'est là que se joue la réponse à l'objection. Les compétences des régions actuelles qui n'ont rien à voir avec le vivant ne disparaissent pas : elles retrouvent leur juste échelle. Les transports du quotidien, les lycées et la formation professionnelle relèvent du bassin de vie, pas du bassin versant ; ils peuvent redescendre au département et au bloc communal, ces échelons de proximité mieux placés pour un lycée ou une ligne de car que pour une nappe phréatique. Rien n'oblige à gérer un train régional à l'échelle d'un fleuve. L'aide économique se traite pour partie au plus près du terrain, au bloc communal et au département, et pour partie à l'échelle nationale, là où se décident la politique industrielle et la solidarité entre territoires ; l'écorégion n'a pas vocation à distribuer des aides aux entreprises, ce n'est pas sa matière. Quant à la solidarité, la péréquation, les droits sociaux et l'égalité devant la loi, ils restent nationaux et indivisibles. L'écorégion est un échelon de gestion du vivant dans la République, non une étape vers sa dissolution en régions autonomes.
La logique d'ensemble se laisse voir. Le département perd ses compétences écologiques, qui montent à l'écorégion, mais il récupère de la proximité, transports, formation, régalien de terrain, et se recentre sur le bassin de vie. Le bloc communal garde ce qui touche au service rendu à l'habitant. L'État garde le régalien et la solidarité. Et l'écorégion, débarrassée de tout ce qui n'est pas le vivant, peut enfin faire une seule chose et la faire bien : tenir le cycle de l'eau et ce que l'eau commande.
Reste un mouvement plus délicat que les autres, celui qui fait remonter certaines missions depuis le local. La page suivante s'y arrête, parce que c'est lui qui inquiète le plus légitimement.