Les hydro-écorégions HER

À quoi sert cette comparaison ?

Cette comparaison lève une confusion et mesure une cohérence. Elle sépare deux questions voisines : les hydro-écorégions classent des milieux, les écorégions délimitent des territoires de gestion. Ce qu'elle apporte au choix du découpage, c'est une vérification chiffrée : à granularité comparable, le découpage par l'eau colle-t-il mieux au vivant que les autres logiques ? Ce qu'elle n'apporte pas, c'est une brique de construction : les hydro-écorégions ne servent pas à tracer les écorégions, mais à caractériser leur homogénéité interne et à différencier les objectifs par type de cours d'eau.

Les hydro-écorégions et les écorégions hydrographiques portent des noms voisins et répondent à deux questions différentes. La confusion est fréquente dans les discussions sur l'eau, et la lever est le premier service que rend la comparaison. Les hydro-écorégions classent des milieux : de quel type est cette rivière ? Les écorégions délimitent des territoires : qui gère cette eau ensemble ?

Le référentiel des hydro-écorégions, établi par Wasson, Chandesris, Pella et Blanc en 2002 pour le Cemagref, découpe la France en portions homogènes du point de vue des facteurs physiques qui commandent le fonctionnement des cours d'eau. Trois déterminants suffisent : la géologie, qui conditionne la chimie des eaux et les substrats ; le relief, qui fixe la pente et le transport ; le climat, qui règle les apports. La délimitation ne procède pas d'un algorithme mais d'une lecture géographique assumée, parce que la hiérarchie de ces déterminants varie selon le contexte : le stress hydrique estival prime en zone méditerranéenne, la géologie et le relief montent au premier rang en zone atlantique, l'altitude domine en haute montagne.

Le référentiel compte vingt-deux hydro-écorégions de niveau 1, seul nombre stable à travers toutes les sources. Pour le niveau 2, le rapport fondateur en identifie cent sept, arrondis à « une centaine » dans son résumé, tandis que la couche géographique effectivement diffusée par le Sandre comporte cent quatorze polygones distincts après les consolidations cartographiques intervenues depuis. La formulation rigoureuse est donc : vingt-deux hydro-écorégions de niveau 1 et cent quatorze de niveau 2 dans la couche actuelle. Ces unités sont le socle de l'évaluation de l'état écologique des cours d'eau au titre de la directive cadre européenne sur l'eau.

Les deux découpages ne s'emboîtent pas, ils sont transversaux : une hydro-écorégion s'étend sur plusieurs bassins versants, un bassin versant recoupe plusieurs hydro-écorégions. Une coïncidence systématique des tracés serait suspecte. La cohérence entre les deux se mesure par recouvrement surfacique, écorégion par écorégion.

Cohésion des écorégions au regard des hydro-écorégions et du climat

Comment lire ce graphique. Chaque écorégion figure sur une ligne ; les barres donnent, pour l'hydro-écorégion et pour le climat, la part dominante, c'est-à-dire la fraction de la surface qui tombe dans une seule hydro-écorégion ou un seul type climatique. Plus la barre est longue, plus l'écorégion est homogène pour ce critère. Au sommet, les ensembles à dominance supérieure à quatre-vingt-dix pour cent, Corse, Bassins bretons, Seine centrale, sont des socles cohérents où l'argument écologique et l'argument hydrographique se renforcent. En bas, les écorégions de montagne et de piémont, Isère-Durance, Loire amont, Dordogne, mêlent quatre hydro-écorégions : leur faible dominance ne les disqualifie pas, elle traduit un continuum amont-aval qu'il serait absurde de couper.

La convergence est nette là où le pays est physiquement uniforme. Les écorégions à dominance très forte dans une seule hydro-écorégion, supérieure à quatre-vingt-dix pour cent, sont des ensembles sédimentaires ou lithologiques cohérents : la Corse sur son socle granitique, les Bassins bretons sur le socle armoricain, la Seine centrale sur les Tables Calcaires, le Bas-Rhône-Provence sur la plaine méditerranéenne, les Landes sur leurs sables imperméables. Dans ces cas, l'argument écologique et l'argument hydrographique se renforcent.

La divergence se concentre sur les bassins de montagne et de piémont, où un cours d'eau descend d'un relief et réunit en un seul axe des milieux radicalement différents. L'Isère-Durance traverse au moins quatre hydro-écorégions, la Loire amont et la Dordogne en mêlent quatre en parts quasi égales. Découper ces écorégions selon les hydro-écorégions couperait le continuum amont-aval, seul territoire où la chaîne de cause à effet reste continue pour les crues, les étiages, les transferts de polluants, le partage de la ressource.

Les hydro-écorégions ne servent donc pas de brique de construction, mais de vérification et de caractérisation. La dominante d'une écorégion indique son degré d'homogénéité interne. À l'intérieur d'une maille de gestion, les hydro-écorégions de niveau 2 restent la maille fine des conditions de référence, celle où la science du milieu et la décision se croisent : elles différencient les objectifs par type de cours d'eau sans en dessiner les frontières.

La carte

Hydro-écorégion de l'INRAE dominante dans chaque écorégion : la cohérence écologique du découpage.

Hydro-écorégion de l'INRAE dominante dans chaque écorégion : la cohérence écologique du découpage.

Comment lire cette carte. Chaque écorégion est coloriée selon l'hydro-écorégion de l'INRAE qui occupe la plus grande part de sa surface. Deux écorégions voisines de même couleur partagent le même milieu dominant ; un patchwork de couleurs signale une région physiquement variée. La lecture utile est de vérifier que les grandes familles de milieux, plaines sédimentaires, reliefs, arc méditerranéen, se retrouvent bien dans le découpage par l'eau : la carte montre que oui, pour l'essentiel, une frontière d'écorégion sépare aussi deux milieux, sans avoir été tracée pour cela.

Le découpage suit-il les milieux ? (cohérence écologique)

La cohérence écologique se mesure, pour chaque découpage, en regardant à quel point ses unités tombent dans un seul milieu naturel. Le tableau donne la part dominante moyenne, plus elle est haute, plus l'unité est homogène.

Zonage Départements 6 agences Régions 12 écorégions 23 écorégions
Climat (Köppen) 0,87 0,83 0,86 0,83 0,85
Hydro-écologie HER-1 0,77 0,58 0,63 0,59 0,64
Hydro-écologie HER-2 0,56 0,34 0,37 0,33 0,41
Forêt (GRECO) 0,84 0,69 0,72 0,69 0,71

Comment lire ce tableau. Chaque colonne est un découpage possible du territoire, chaque ligne un milieu de référence : le climat de Köppen, l'hydro-écologie des cours d'eau (HER), la forêt par grande région écologique forestière (GRECO). La valeur, comprise entre zéro et un, donne la part dominante moyenne : à quel point, en moyenne, une unité du découpage tombe dans un seul type de milieu. Un vaut homogénéité parfaite. Attention au piège de lecture : la colonne des départements semble gagner partout, mais c'est un artefact de taille, une petite unité tombe mécaniquement dans un seul milieu. La comparaison honnête se fait entre découpages de granularité voisine, régions, douze et vingt-trois écorégions. Dans cette colonne des vingt-trois, les valeurs de HER-1 et HER-2 sont les plus hautes : à nombre d'unités comparable, partir de l'eau colle mieux au vivant.

Un mot de méthode, en toute honnêteté. Cette part dominante favorise mécaniquement les petites unités : un département, parce qu'il est petit, tombe le plus souvent dans un seul milieu. Sa cohérence apparente n'est donc pas une qualité de découpage, c'est un effet de maille, et il ne faut pas le lire comme « les départements sont mieux tracés ». La comparaison juste se fait entre découpages de taille comparable. Parmi eux, à nombre d'unités voisin, le découpage à vingt-trois écorégions est le plus cohérent avec l'hydro-écologie, en HER-1 comme en HER-2, et proche du sommet pour la forêt. Autrement dit, à granularité égale, partir de l'eau colle mieux au vivant que les autres logiques de découpage.

Ce qu'il faut en retenir

À granularité comparable, les vingt-trois écorégions sont le découpage le plus cohérent avec l'hydro-écologie : 0,64 de part dominante en HER-1 contre 0,63 pour les régions et 0,59 pour les douze écorégions, et 0,41 en HER-2 contre 0,37 et 0,33, le meilleur du lot à ce grain. Le score départemental plus élevé du tableau brut, 0,77 et 0,56, est un artefact de petite taille, pas une qualité de tracé. Mesuré autrement, par l'alignement des frontières sur l'écologie, indicateur insensible à la taille, l'écart se creuse encore en faveur du bassin. Les hydro-écorégions ne construisent pas les frontières, elles vérifient l'homogénéité interne et différencient les objectifs par type de cours d'eau.

Voir aussi

  • Relief et pentes
  • Climat actuel et projeté