Écorégion, HER, bio-région, région administrative

Quatre objets voisins se croisent dès que vient l'idée de découper la France pour l'eau, et les confondre conduit vite à des malentendus. Chacun répond à une question propre, et c'est cette question, plus que le tracé lui-même, qui les sépare.

L'écorégion : qui gère cette eau ensemble

L'écorégion répond à une question de gouvernement : qui gère cette eau ensemble ? Elle regroupe les habitants, les usages et les milieux que l'eau relie, pour permettre une délibération à l'échelle pertinente. Sa brique est le bassin versant, son correctif la démographie, sa vérification la cohérence écologique. C'est un territoire de décision, pas une description de milieu ni une limite d'administration. Les 23 écorégions procèdent de cette seule logique.

La HER : de quel type est cette rivière

Les hydro-écorégions, ou HER, répondent à une tout autre question : de quel type est cette rivière ? Définies en 2002 par Wasson, Chandesris, Pella et Blanc pour le Cemagref, aujourd'hui diffusées par le Sandre, elles découpent la France en portions homogènes du point de vue des facteurs physiques qui commandent le fonctionnement des cours d'eau. Trois déterminants suffisent à structurer la classification : la géologie, qui conditionne la chimie des eaux et la nature des substrats ; le relief, qui règle la pente et la capacité de transport ; le climat, qui commande les apports et le régime hydrologique.

[!quote] Wasson et al. 2002, résumé, p. 1 « les comparaisons entre la typologie par hydro-écorégions et des classifications automatiques effectuées directement sur la faune montrent que le pouvoir discriminant des 6 écorégions est très bon, voire excellent, puisqu'il explique selon les méthodes utilisées 85 % à 97 % de la variance maximale explicable par une classification faunistique en 6 groupes. » Source : Wasson et al. (2002), Les hydro-écorégions de France métropolitaine, Cemagref, Lyon, 190 p., p. 1.

Le référentiel compte 22 HER de niveau 1 ; le rapport fondateur identifie 107 HER de niveau 2, arrondies à « une centaine » dans son résumé, et la couche diffusée par le Sandre en comporte aujourd'hui 114. Ces unités servent de socle à la Directive cadre européenne sur l'eau : elles fixent, par type de cours d'eau, les conditions de référence auxquelles se mesure le bon état. Ce sont donc des unités descriptives et réglementaires, non des territoires de décision publique.

Les deux découpages ne s'emboîtent pas. Une HER s'étend sur plusieurs bassins versants, un bassin versant recoupe plusieurs HER : ils sont transversaux, et une coïncidence systématique de leurs tracés serait suspecte. Là où la France est faite de plaines sédimentaires cohérentes, les deux logiques convergent, parce que le bassin y draine un milieu déjà uniforme. Là où un cours d'eau descend d'un relief et réunit en un seul axe des milieux très différents, elles divergent. Le graphique ci-dessous mesure, pour chaque écorégion, cette cohésion interne du point de vue du milieu.

Cohésion hydrologique et climatique des écorégions

Cette divergence n'est pas un défaut du découpage : elle traduit le choix de conserver le fil de l'eau, seul territoire où la chaîne de cause à effet reste continue. Découper une écorégion de montagne selon les HER, pour obtenir des unités homogènes de milieu, couperait l'amont de l'aval et séparerait institutionnellement des territoires qui gèrent la même ressource. Les HER gardent tout leur rôle à l'intérieur d'une écorégion, pour différencier les objectifs selon le type de milieu, sans en dessiner les frontières.

La bio-région : un lieu entier

La bio-région, au sens du biorégionalisme, embrasse davantage : le climat, les sols, la végétation, les bassins, et souvent la culture et l'appartenance à un lieu. L'intention est belle, faire coïncider les frontières de l'action avec celles du vivant. Mais l'ampleur du critère en fait la fragilité : quand tout compte, le tracé devient affaire d'interprétation. Je retiens de ce courant l'ambition, coïncider avec le réel écologique, sans en adopter la maille, parce qu'un découpage discutable a besoin d'un critère unique et vérifiable. L'eau joue ce rôle mieux qu'une synthèse de tous les facteurs à la fois.

La région administrative : un héritage à corriger

La région administrative, enfin, est le repère par rapport auquel se mesurent les autres. Elle a été tracée pour gouverner, prélever, aménager, jamais pour suivre l'eau. Elle coupe les bassins et reconduit la disproportion de population que le projet cherche précisément à corriger. Elle a pour elle l'existence, les budgets et les compétences déjà en place, et c'est un argument sérieux. Mais partir d'elle, c'est renoncer d'emblée au principe qui donne son sens au reste : partir de l'eau.

Ce qui distingue ces quatre objets tient donc moins à leurs contours qu'à leur raison d'être. La HER décrit un milieu, la bio-région embrasse un lieu, la région administre un héritage, l'écorégion organise une décision autour de l'eau. Les tenir séparés, c'est se donner les moyens de comparer sans confondre.

Voir aussi

  • HydroLooney/Glossaire/hydro-écorégion
  • HydroLooney/Glossaire/bassin versant