Le résultat

À quoi sert cette section ? Elle donne le bilan chiffré des vingt-trois écorégions, confrontées aux découpages existants et aux variantes qu'il serait tentant de leur préférer. La page dit ce que la maille fine gagne, ce qu'elle coûte, et à quoi sert au bout du compte l'ensemble de ces comparaisons.

Un découpage se juge à ce qu'il permet, pas à l'élégance de son tracé. Partir de l'eau produit vingt-trois écorégions, et la seule façon honnête de savoir ce que cela vaut est de les confronter, sur les mêmes critères chiffrés, aux découpages qui existent déjà ou à ceux qu'il serait tentant de leur préférer. Cette page donne le bilan d'ensemble ; les sous-pages détaillent les mesures, les graphiques et l'analyse statistique.

Quatre familles de partitions sont mises en regard : les sept circonscriptions de bassin actuelles, une agrégation en six grandes régions hydrographiques, un palier intermédiaire à douze unités, et le découpage fin à vingt-trois écorégions. Des variantes bâties par assemblage de départements entiers, de huit à quinze unités, servent de témoin : elles montrent ce que produit un maillage qui refuse par principe de trancher une limite administrative.

Ce que les vingt-trois écorégions gagnent

Le gain se lit d'abord sur l'équilibre démographique. Les sept circonscriptions actuelles vont de dix-neuf millions d'habitants à trois cent cinquante mille, un rapport de cinquante-trois à un. Le découpage fin ramène cet écart à trente-sept pour un et abaisse la médiane de huit à 2,4 millions d'habitants. La maille fine est la seule à faire reculer nettement la distance entre l'unité la plus peuplée et la moins peuplée, sur une population totale stable de 66,2 millions.

Le gain se lit ensuite sur la cohérence physique. La part de l'hydro-écorégion dominante, qui mesure à quel point une unité repose sur un même fonctionnement de rivière, passe de 0,58 pour les sept agences à 0,64 pour le découpage fin : c'est le meilleur score de tous les scénarios. La fidélité aux nappes va dans le même sens. Là où l'agrégation en six régions coupe 18,9 pour cent des masses d'eau souterraines et le palier à douze unités 28,8 pour cent, le découpage fin redescend à 22,1 pour cent, faisant mieux que le palier intermédiaire. Prendre au sérieux la distinction entre eau de surface et eau souterraine laisse une trace mesurable : à finesse comparable, la maille recolle des aquifères que les tracés purement hydrographiques fendaient.

Un dernier gain tient au regard que ce découpage porte sur les territoires. En abaissant la part climatique dominante minimale à 0,49 contre 0,82 pour les sept agences, il met en lumière des contrastes méditerranéens et de montagne que l'agrégation masquait. La moyenne rassure, le minimum informe.

Ce que les vingt-trois écorégions coûtent

Rien de tout cela n'est gratuit. Le prix le plus visible est celui des coupures de la vie quotidienne. Les sept agences ne tranchent que 6,5 pour cent des aires d'attraction des villes et 7,6 pour cent des bassins de vie. Le découpage fin porte ces valeurs à 22,0 et 22,3 pour cent : environ un bassin de vie sur cinq contre un sur treize aujourd'hui. Plus la maille se resserre, plus elle traverse des ensembles humains constitués.

Le coût se lit aussi sur la régularité. La dispersion des tailles augmente au milieu de la distribution, le coefficient de variation montant de 0,68 à 0,92. La densité de drainage devient moins homogène qu'au palier à douze unités, parce que la maille isole des têtes de bassin très ramifiées et des plaines à faible densité apparente. Et le découpage assume de traverser les deux tiers des départements, contre un tiers déjà coupé par les sept agences.

Ce dernier chiffre n'est pas un défaut à corriger, il est le cœur du parti pris. Suivre l'eau conduit nécessairement à franchir des frontières dessinées pour d'autres raisons. Le respect intégral des limites départementales, obtenu par les variantes témoins, se paie toujours ailleurs, en cohérence hydro-écologique moindre et en nappes davantage tranchées. La question n'est pas de savoir si le tracé coupe des départements, mais au nom de quoi cette coupure s'accepte.

La lecture d'ensemble

Les critères qui touchent à l'eau et à son milieu, hydro-écorégions et nappes, plaident pour la maille fine. Ceux qui touchent à l'organisation administrative héritée et aux flux humains en signalent le prix. Un découpage fondé sur l'eau accepte ce prix parce qu'il tient les premiers critères pour premiers. C'est un choix, et il se dit comme tel.

Plusieurs vérifications versées après coup renforcent plutôt qu'elles ne fragilisent ce parti pris. Le niveau de vie ne s'étage que de un à 1,27 entre écorégions, quand les populations vont de un à trente-sept : le découpage par l'eau ne fabrique pas des territoires socialement séparés. L'artificialisation par habitant, elle, varie d'un facteur douze et suit fidèlement la densité, information directement utile à une assemblée de bassin puisqu'elle commande le ruissellement et la recharge. Enfin, l'autonomie des navettes domicile-travail atteint 93,9 pour cent : à peine six déplacements sur cent franchissent une limite d'écorégion. Le noyau tracé par l'eau se superpose déjà, très largement, à un territoire vécu.

Les sous-pages qui suivent développent ce bilan. La première rassemble les statistiques et les graphiques dimension par dimension. La seconde ouvre la lecture data science, matrices, tests et régression, qui met les scénarios en regard et lit les écorégions dans leurs tensions réelles. Les portraits des vingt-trois écorégions sont présentés à part.

À quoi servent toutes ces comparaisons au final ?

Ces comparaisons n'élisent pas un vainqueur, elles écartent de faux gagnants. Les départements paraissent souvent les plus cohérents ; ce n'est qu'un effet de leur taille, et la mesure ajustée le démonte.

Elles établissent en revanche une chose robuste, insensible à la taille : partir de l'eau colle au vivant bien mieux que l'administratif. Les frontières des découpages par l'eau épousent les ruptures écologiques deux à trois fois mieux que celles des découpages administratifs. Ce résultat tient quels que soient le nombre d'unités et la façon de neutraliser la taille.

Elles n'établissent pas pour autant le nombre. Choisir vingt-trois écorégions plutôt que six agences relève d'un choix assumé, équilibre démographique, proximité de la décision, moindre fragmentation des nappes que les régions ou que le scénario à douze, et non d'une preuve écologique. Rien dans la mesure n'impose vingt-trois plutôt qu'un autre grain fin.

La mesure éclaire le choix, elle ne le remplace pas. Elle dit ce qu'un tracé gagne et ce qu'il coûte, écarte les artefacts de taille et objective les termes du débat ; la décision, elle, reste politique et se dit comme telle.