À quoi sert cette page ? Elle détaille, dimension par dimension et graphique à l'appui, ce que chaque scénario donne : équilibre démographique, climat, drainage, coupures de la vie quotidienne, nappes souterraines et rapport aux départements. Chaque mesure est calculée sur les mêmes couches, dans le même système métrique, pour tous les scénarios.
Chaque dimension du découpage se mesure sur les mêmes couches, dans le même système métrique, pour tous les scénarios. La logique reste constante : une bonne unité de gestion regroupe des territoires qui se ressemblent au regard de l'eau et pèse un poids comparable à ses voisines. Ces deux exigences tirent parfois dans des sens opposés, et c'est précisément ce que les chiffres donnent à voir.
La première question est celle du poids. Une assemblée de bassin n'a pas le même sens selon qu'elle administre dix-neuf millions d'habitants ou trois cent cinquante mille. La population totale reste stable, autour de 66,2 millions ; ce qui change d'un scénario à l'autre, c'est la façon dont elle se répartit.
Les sept circonscriptions actuelles souffrent d'un déséquilibre lourd, un rapport de cinquante-trois à un entre les deux extrêmes, avec une médiane de huit millions d'habitants. La moitié des unités administrent alors des ensembles considérables, difficiles à saisir comme des bassins vécus. L'agrégation en six régions n'améliore ce rapport qu'à la marge, puisqu'elle conserve les deux extrêmes. Le palier à douze unités divise les plus gros ensembles sans toucher aux plus petits. Le découpage fin est le seul à faire reculer nettement l'écart, ramené à trente-sept pour un, et à abaisser la médiane à 2,4 millions. La contrepartie se lit dans la dispersion : le coefficient de variation monte de 0,68 à 0,92. La maille fine rapproche les extrêmes mais laisse subsister une hétérogénéité de tailles au milieu de la distribution.
Le témoin départemental éclaire ce point. Un découpage à quinze unités bâti sur des départements entiers obtient un rapport extrême voisin, trente-six pour un, avec une dispersion plus contenue. À nombre d'unités comparable, coller aux limites administratives lisse mieux les tailles, mais au prix du critère qui fait tout l'objet de la démarche, la cohérence hydrographique.
Une unité de gestion de l'eau gagne à recouvrir un régime climatique homogène, puisque la ressource et sa variabilité en dépendent. La part du groupe climatique dominant, mesurée sur la classification de Köppen, saisit cette homogénéité. Sur ce critère, les scénarios se tiennent de très près : la part dominante moyenne oscille autour de 0,94 à 0,96 partout, la France métropolitaine étant très majoritairement tempérée océanique et de transition.
Un écart mérite pourtant d'être signalé. Le découpage fin abaisse la part dominante minimale à 0,49, contre 0,82 pour les sept agences. Cette valeur isole les unités méditerranéennes et de montagne, où plusieurs groupes climatiques coexistent réellement sur un petit territoire. Loin d'être un défaut, cette baisse traduit le fait que la maille fine met en lumière des contrastes que l'agrégation masquait.
La densité de drainage, rapport du linéaire de cours d'eau principaux à la surface, dit la densité du réseau qu'une unité aura à gérer. Le linéaire total varie peu, autour de 54 000 kilomètres ; ce qui compte est la régularité de la densité entre unités. Le coefficient de variation classe les scénarios de façon instructive : le palier à douze unités obtient la meilleure régularité, 0,27, suivi du découpage fin, 0,31, puis des sept agences, 0,35. La maille fine n'est donc pas la plus homogène sur ce seul critère. En isolant des têtes de bassin très ramifiées et des plaines à faible densité apparente, elle recrée de la variabilité. Le détail des vingt-trois unités le confirme : la densité s'étage d'environ 0,09 sur les grandes plaines sédimentaires à plus de 1,3 sur les massifs les plus disséqués. Cet étalement est une propriété du terrain, pas un artefact du découpage.
Deux critères mesurent ce que le découpage coûte au quotidien : la proportion d'aires d'attraction des villes et de bassins de vie qu'une limite d'unité vient trancher. Couper une aire d'attraction, c'est séparer une ville de sa banlieue par une frontière de gestion ; couper un bassin de vie, c'est fendre un territoire d'usages partagés. Ici le coût de l'affinement se lit sans ambiguïté. Les sept agences ne coupent que 6,5 pour cent des aires d'attraction et 7,6 pour cent des bassins de vie. Le palier à douze unités porte ces valeurs à 9,7 et 12,1 pour cent. Le découpage fin les fait grimper à 22,0 et 22,3 pour cent : environ un bassin de vie sur cinq contre un sur treize aujourd'hui. Ce constat n'invalide pas la maille fine, il fixe une exigence : un tracé fin doit être arbitré aux abords des grandes agglomérations, là où la logique hydrographique et celle des flux humains divergent.
L'eau souterraine impose sa propre géographie, qui ne coïncide pas avec celle des bassins de surface. Le résultat surprend. Les sept agences coupent 8,8 pour cent des masses d'eau souterraines ; l'agrégation en six régions dégrade fortement ce critère, à 18,9 pour cent, et le palier à douze unités davantage encore, à 28,8 pour cent. Le découpage fin, lui, redescend à 22,1 pour cent, faisant mieux que le palier intermédiaire. Le témoin départemental, aveugle aux nappes, monte jusqu'à 32,9 pour cent pour quinze unités, ce qui confirme le prix d'un tracé qui ignore le sous-sol.
Les hydro-écorégions de premier niveau synthétisent géologie, relief et climat en régions de fonctionnement des cours d'eau. C'est le critère où la maille fine l'emporte le plus clairement : la part dominante moyenne passe de 0,58 pour les sept agences à 0,64 pour le découpage fin. En resserrant la maille, les unités obtenues reposent davantage sur un fonctionnement de rivière cohérent, ce qui va dans le sens exact de la démarche.
Le rapport aux limites départementales révèle une différence de nature. Les découpages en six et douze unités, comme les variantes départementales, respectent par construction les contours des départements. Les sept agences en coupent déjà 34 pour cent, héritage d'un tracé sur les lignes de partage des eaux. Le découpage fin en coupe 66 pour cent. Ce chiffre est le cœur du parti pris : une maille fidèle aux bassins ne peut pas, en même temps, épouser des départements.
Aucune dimension ne classe seule les scénarios. La maille fine resserre l'écart de population et épouse mieux les hydro-écorégions, mais coupe davantage d'aires urbaines, de bassins de vie et de départements. Le rapport de 66 pour cent de départements traversés est le cœur du parti pris : une maille fidèle aux bassins ne peut pas, en même temps, épouser des découpages tracés pour d'autres raisons.