Le conseil qui m'est adressé le plus souvent est de rester prudent : garder les régions telles qu'elles sont, renforcer seulement les agences de l'eau, ne pas ouvrir le chantier de la carte. Cette prudence me paraît mal placée, et il vaut la peine de dire pourquoi.
Nos régions actuelles ne sont pas des évidences tombées du ciel. Elles sont le produit d'une réforme récente, celle de 2015, taillée pour l'attractivité et la compétitivité, sans cohérence écologique et souvent sans cohérence historique. Un ensemble comme le Grand Est, une Occitanie étirée de l'Aveyron aux Pyrénées, ne tiennent aucun milieu, aucun cycle, aucun vivant. Ces régions gèrent des lycées, des trains, du développement économique, mais elles ne parlent ni à un fleuve ni à ceux qui vivent le long. Leur périmètre n'a pas été pensé pour l'écologie ; il me semble donc qu'il n'y a aucune raison de le tenir pour sacré au moment de refonder, précisément, l'organisation écologique du pays.
La proposition n'est pas d'empiler une strate écorégionale au-dessus de ce qui existe. Le mille-feuille territorial, je le combats autant que quiconque, et il n'est pas question d'en ajouter une couche. Il s'agit de refonder la région sur ce qui la fait tenir, le bassin, et de renvoyer chaque compétence à son juste échelon. L'écorégion ne s'ajoute pas : elle remplace la région administrative et redistribue le reste.
C'est ce tri par la bonne maille que la page suivante déplie, compétence écologique au bassin, compétence de proximité au plus près des gens.