Le cas de l'Île-de-France

À quoi sert cette page ? Elle traite le cas le plus délicat du découpage : l'agglomération parisienne, que la logique des bassins fragmenterait. La page expose la règle objective qui réunit ce cœur dans une seule écorégion, la Seine centrale, et montre pourquoi la carte de l'eau y prime sur le seul équilibre démographique.

Sur presque tous les découpages construits en partant de l'eau, l'agglomération parisienne ressort comme un cas singulier. Laissée sans traitement, son aire d'attraction se fragmente entre plusieurs écorégions, jusqu'à six, parce que Paris se tient au milieu du bassin de la Seine, sans contour d'eau qui l'épouse, et capte son eau potable très loin de son propre bassin. Découper au plus près des sous-bassins couperait alors l'agglomération en son milieu, ce que la méthode refuse. Ce cas concentre à lui seul la tension du travail : lisser un écart de population, ou respecter l'eau. La carte de l'eau tranche pour l'eau.

La règle retenue

L'Île-de-France est réunie dans une seule écorégion, la Seine centrale, par une règle objective et reproductible. Toute assemblée de bassin versant dont plus de la moitié de la surface tombe dans l'aire d'attraction de Paris rejoint l'écorégion Seine centrale, en unités entières, aucune assemblée n'étant coupée, et dans le seul district Seine-Normandie, sans déborder sur la Loire. Cette règle respecte les deux garde-fous du modèle : les districts hydrographiques et l'intégrité des assemblées de bassin, dont aucune ne se retrouve à cheval sur deux écorégions.

Le calcul et son résultat

Vingt-trois assemblées de bassin versant passent ainsi à la Seine centrale, qui réunit désormais Paris, sa petite couronne et son aire d'attraction. La petite couronne, Paris et les départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, s'y retrouve intégralement. L'écorégion pèse 13,3 millions d'habitants pour une superficie de 19 718 kilomètres carrés, soit une densité de 673 habitants au kilomètre carré, la plus élevée du découpage. Les écorégions voisines cèdent leurs franges franciliennes à ce cœur : la Haute-Seine et l'Yonne perdent onze assemblées, la Marne cinq, la Basse-Seine trois, l'Oise deux. Le total national se conserve, à 66,16 millions d'habitants.

Consolider le cœur francilien a même réduit la fragmentation des nappes. Les masses d'eau souterraines coupées par les limites passent de 26 % à 23 %, soit 145 sur 639, et les aires d'attraction des villes coupées de 162 à 151. Une fois leurs franges rendues à la Seine centrale, les écorégions voisines se resserrent sur leur bassin propre : la Marne devient l'écorégion de la Champagne des plateaux, autour de 0,4 million d'habitants, la Haute-Seine et l'Yonne celle des plateaux amont, autour de 0,9 million.

Pourquoi la carte de l'eau l'emporte

Le bassin sédimentaire de la Seine se signale par une densité de drainage très basse. La Seine centrale n'affiche qu'un dixième de kilomètre de cours d'eau par kilomètre carré, contre plus de un dans les têtes de bassin bretonnes ou pyrénéennes. Les eaux y sont largement souterraines, portées par les tables calcaires et les alluvions ; le réseau de surface y est ténu. Couper l'agglomération en son milieu reviendrait à séparer des territoires qui partagent la même nappe et le même exutoire, pour un gain purement démographique. Le poids francilien n'est donc pas un défaut du découpage : il est un fait hydrologique et humain que le découpage enregistre au lieu de le masquer. L'écart de population entre la plus grande et la plus petite unité, de l'ordre de trente-sept, reste d'ailleurs plus faible que dans le découpage actuel, où il dépasse cinquante.

Reproductibilité et ce qui reste ouvert

L'affectation vit dans un champ de la couche des assemblées de bassin du fichier de travail : c'est l'écorégion d'appartenance de chaque assemblée. Les écorégions en sont la simple dissolution. Reprendre un contour se fait donc en réaffectant des assemblées entières, puis en re-dissolvant, sans jamais toucher la géométrie à la main. Le calcul de la règle, la part de chaque assemblée dans l'aire d'attraction de Paris, est mené sous système d'information géographique à partir des données sources.

Le seuil de majorité, la moitié de la surface d'une assemblée dans l'aire de Paris, est un choix, pas une évidence. Les franges les plus lointaines de l'aire d'attraction touchent encore d'autres écorégions, ce qui est normal : l'aire d'attraction est communale, les écorégions suivent les bassins. Le cœur, lui, n'est plus fractionné.

Ce qu'il faut en retenir

Une règle unique et reproductible réunit l'agglomération parisienne dans la seule écorégion Seine centrale, sans couper aucune assemblée de bassin. Ce choix respecte l'eau, largement souterraine dans ce bassin peu drainé, et il réduit même la fragmentation des nappes. Le poids francilien n'est pas un défaut du tracé, c'est un fait que le découpage enregistre.