Agriculture et cultures

À quoi sert cette comparaison ?

Cette comparaison attache chaque bassin à sa réalité agricole, culture par culture, là où l'étiquette « agricole » de Corine Land Cover reste muette. Ce qu'elle apporte au choix du découpage, c'est un grain fin : une écorégion de maïs irrigué et une écorégion d'herbe et d'élevage ne posent pas les mêmes tensions d'étiage, la période des basses eaux, ni les mêmes apports d'azote. Ce qu'elle n'apporte pas, c'est un critère de tracé : l'agriculture ne dessine pas les frontières, elle caractérise ce qui se joue sur l'eau à l'intérieur de chaque unité.

L'occupation du sol, vue par Corine Land Cover, range plus de la moitié du pays sous une seule étiquette, « agricole ». C'est utile pour un cadrage, insuffisant pour comprendre ce qui se joue sur l'eau : une prairie permanente, une vigne et un maïs irrigué n'ont pas le même rapport au sol, à l'azote et à l'étiage. Le Registre parcellaire graphique, tiré des déclarations de la politique agricole commune, descend à la parcelle et nomme la culture. Je m'en sers ici pour lire l'agriculture écorégion par écorégion, à partir du millésime 2024.

À l'échelle nationale, la surface déclarée se répartit d'abord entre l'herbe et les grandes cultures. Les prairies permanentes dominent, à un peu plus du quart de la surface agricole, suivies du blé tendre, du maïs, des estives et landes, de l'orge et des prairies temporaires. Le colza, le tournesol et la vigne, plus localisés, pèsent peu au total mais façonnent quelques écorégions.

Groupe de culture Part de la surface agricole
Prairies permanentes 27,6 %
Blé tendre 15,1 %
Maïs (grain et ensilage) 10,4 %
Estives et landes 8,4 %
Orge 6,6 %
Prairies temporaires 5,2 %
Colza 4,8 %
Vignes 2,2 %

Comment lire ce tableau. Chaque ligne est un groupe de culture ; la part donnée est sa contribution à la surface agricole nationale. C'est la photographie moyenne du pays, avant de la ventiler par écorégion. La lecture utile est que l'herbe, prairies permanentes et temporaires, et les grandes cultures céréalières, blé, maïs, orge, se partagent l'essentiel, tandis que la vigne, très localisée, pèse peu au total. Ce cadrage national sert de repère : une écorégion s'écarte de ce profil moyen quand une culture y prend une place inhabituelle, signe d'une réalité agricole propre à traiter dans la gestion de l'eau.

Ramené aux vingt-trois écorégions, ce paysage se différencie nettement. Quatre grands types de culture se partagent la première place selon les territoires : l'herbe des prairies, le blé des plaines céréalières, le maïs des façades atlantique et rhénane, et les estives et landes des reliefs et de l'arc méditerranéen.

Culture dominante par écorégion (RPG 2024, groupe de cultures le plus étendu).

Comment lire cette carte. Chaque écorégion est coloriée selon sa culture dominante, le groupe le plus étendu du Registre parcellaire graphique 2024. Une couleur par grand type : l'herbe des prairies, le blé, le maïs, les estives et landes. Deux écorégions de même teinte partagent le même profil agricole dominant. La lecture révèle une géographie nette : estives et landes sur les reliefs et l'arc méditerranéen, maïs sur les façades atlantique et rhénane, blé dans les plaines du nord et du bassin parisien, herbe partout ailleurs. Ce sont autant de rapports différents à l'étiage et à l'azote, que la maille de l'écorégion permet de traiter séparément.

Le détail par écorégion fait apparaître la géographie agricole du pays. Les reliefs et le pourtour méditerranéen vivent d'estives et de landes, très majoritaires en Corse, dans le Var et l'Argens, en Isère-Durance. Les façades atlantique et rhénane sont des pays de maïs, dans la Leyre et les Landes de Gascogne, le Rhin supérieur, les bassins bretons. Les grandes plaines du nord et du bassin parisien sont des pays de blé, dans l'Escaut-Sambre, la Seine centrale, l'Oise et Marne. Partout ailleurs, l'herbe des prairies domine, du Massif central aux piémonts.

Écorégion Culture dominante Deuxième culture
Adour Maïs 28 % Estives et landes 26 %
Aude et Orb Estives et landes 45 % Vignes 24 %
Bas-Rhône-Provence Estives et landes 30 % Vignes 16 %
Basse-Seine Prairies permanentes 29 % Blé tendre 23 %
Bassins bretons Maïs 27 % Prairies permanentes 19 %
Charente Prairies permanentes 15 % Blé tendre 15 %
Corse Estives et landes 69 % Divers 15 %
Dordogne Prairies permanentes 61 % Prairies temporaires 6 %
Escaut-Sambre Blé tendre 35 % Prairies permanentes 14 %
Garonne Prairies permanentes 26 % Estives et landes 17 %
Haute-Seine et Yonne Blé tendre 24 % Orge 19 %
Isère-Durance Estives et landes 64 % Prairies permanentes 17 %
Leyre et Landes de Gascogne Maïs 44 % Prairies permanentes 17 %
Loire amont Prairies permanentes 46 % Blé tendre 13 %
Loire aval Prairies permanentes 29 % Blé tendre 16 %
Moselle-Meuse Prairies permanentes 39 % Blé tendre 19 %
Oise et Marne Blé tendre 28 % Prairies permanentes 16 %
Rhin supérieur Maïs 38 % Prairies permanentes 21 %
Rhône Prairies permanentes 37 % Estives et landes 18 %
Saône Prairies permanentes 46 % Blé tendre 13 %
Seine centrale Blé tendre 31 % Orge 16 %
Sèvre et Lay Prairies permanentes 25 % Maïs 18 %
Var et Argens Estives et landes 81 % Vignes 9 %

Comment lire ce tableau. Chaque ligne est une écorégion ; les deux colonnes donnent sa culture dominante et sa deuxième culture, avec la part de surface agricole occupée. La lecture utile n'est pas la seule culture de tête, mais le couple : une écorégion où deux cultures se tiennent à quelques points, comme la Charente à quinze pour cent chacune, est agricolement mixte ; une écorégion où la tête écrase le reste, comme le Var et l'Argens à quatre-vingt-un pour cent d'estives, a un profil tranché. Ce couple dit à quel point une écorégion est spécialisée, donc exposée à une même tension d'usage sur l'eau.

Cette lecture importe pour la gestion de l'eau. Une écorégion de maïs et d'irrigation, comme la Leyre et les Landes de Gascogne, ne pose pas les mêmes tensions d'étiage qu'une écorégion d'herbe et d'élevage comme la Dordogne, ou de blé de plaine comme la Seine centrale. Le grain fin de l'écorégion permet d'attacher chaque bassin à sa réalité agricole, là où une maille plus large mêlerait des systèmes que rien ne rapproche.

Le Registre parcellaire graphique donne les cultures réellement déclarées, à la parcelle, ce que la Corine Land Cover ne permet pas. Ce sont des données publiques et gratuites (millésime 2024, rang 1). Les surfaces citées sont issues du croisement des parcelles avec les vingt-trois écorégions, tenu à disposition.

La carte dynamique : du département à l'écorégion

Faites glisser le curseur : à gauche la culture dominante par département, à droite la même lecture ramenée aux vingt-trois écorégions. Le glissement fait voir ce que le découpage par l'eau regroupe, là où la maille départementale émiette.

Comment lire cette carte. Le curseur partage l'écran : à gauche la culture dominante par département, à droite ramenée aux vingt-trois écorégions. Chaque teinte est un grand type de culture ; deux mailles de même couleur ont le même profil dominant. Faites glisser le curseur pour comparer. À gauche, la maille départementale émiette la géographie agricole en une mosaïque de petites unités ; à droite, l'écorégion regroupe en grands ensembles cohérents, la façade landaise en pays de maïs, l'arc méditerranéen en estives, les plaines du nord en blé, qui suivent la logique des bassins plus que celle des préfectures.

Ce qu'il faut en retenir

Quatre grands types de culture se partagent la tête des vingt-trois écorégions selon les territoires : l'herbe des prairies, le blé des plaines du nord et du bassin parisien, le maïs des façades atlantique et rhénane, les estives et landes des reliefs et de l'arc méditerranéen, jusqu'à quatre-vingt-un pour cent dans le Var et l'Argens. Ce grain fin, tiré du RPG 2024, attache chaque bassin à sa réalité agricole et donc à sa tension propre sur l'étiage et l'azote, ce qu'une maille plus large brouillerait.