Nappes en cogestion

À quoi sert cette comparaison ?

Cette comparaison rend visibles les coupures que toute maille de bassin inflige aux nappes souterraines, lesquelles ignorent la ligne de partage des eaux de surface. Ce qu'elle apporte au choix du découpage, c'est un chiffre : la part des unités traversées par une nappe partagée, à cogérer. Ce qu'elle n'apporte pas, c'est un motif de redécoupage : aucun tracé ne peut suivre à la fois les eaux de surface et l'emprise des nappes profondes. L'enjeu n'est pas d'éliminer les coupures mais de les nommer, pour organiser la coopération entre unités voisines.

Une ligne de partage des eaux organise les écoulements de surface, mais elle ne commande pas les nappes souterraines. Une nappe s'étend sous plusieurs bassins versants, indifférente aux crêtes qui séparent les rivières en surface. Toute maille de gestion fondée sur le bassin versant se heurte donc à des ressources souterraines qu'une frontière traverse et que plusieurs unités doivent gérer ensemble. C'est le sens de la cogestion : reconnaître qu'une frontière hydrographique coupe parfois une même ressource.

La comparaison rend visibles ces coupures. Elle repère les nappes qui débordent d'une écorégion vers ses voisines et les points où une limite de gestion sépare des territoires puisant dans le même réservoir. Ces situations ne sont pas des anomalies à supprimer : aucun découpage ne peut à la fois suivre les eaux de surface et respecter l'emprise des nappes profondes, puisque les deux ne se superposent pas.

Coupures des ressources par les frontières de gestion

Comment lire ce graphique. Le graphique compare, découpage par découpage, la part des nappes coupées par les frontières de gestion, au-dessus d'un seuil de deux pour cent de surface partagée. Chaque barre est un zonage ; sa hauteur donne la fraction des masses d'eau souterraines qu'une frontière tranche. Plus la barre est basse, moins le découpage fragmente les nappes. La lecture décisive est le rang relatif : les vingt-trois écorégions coupent nettement moins que les régions et que le scénario à douze unités, parce que leurs frontières suivent au moins la logique du bassin. Les agences, très vastes, coupent encore moins, mais au prix de mailles trop grandes pour arbitrer les usages ; les départements, eux, fragmentent le plus.

L'enjeu n'est pas d'éliminer les coupures mais de les nommer. Une frontière entre deux écorégions qui traverse une nappe importante appelle un dispositif de coordination entre les deux unités, non un redécoupage. Redessiner la maille de gestion pour englober chaque nappe dans une seule unité reviendrait à renoncer au bassin versant comme principe, et donc à perdre la cohérence sur les eaux de surface, qui restent le premier support des crues, des étiages et des transferts de polluants. Le choix assumé consiste à garder le bassin versant comme brique et à traiter les nappes partagées par la coopération entre unités voisines.

Les coupures administratives héritées offrent un point de comparaison utile. Les sept agences de l'eau ont, elles aussi, séparé des ressources souterraines par leurs limites, sans que ces frontières procèdent d'une logique hydrographique fine. Passer aux vingt-trois écorégions ne fait pas disparaître toute coupure, mais il substitue à des frontières administratives anciennes des limites qui suivent au moins la logique du bassin versant, plus lisibles et plus faciles à justifier auprès des territoires qu'elles réunissent.

La carte

Les masses d'eau souterraines partagées, à cogérer, colorées par le nombre d'écorégions concernées.

Les masses d'eau souterraines partagées, à cogérer, colorées par le nombre d'écorégions concernées.

Comment lire cette carte. La carte n'affiche que les nappes effectivement partagées entre plusieurs écorégions, colorées selon le nombre d'unités concernées : une teinte claire pour une nappe à cheval sur deux écorégions, une teinte plus soutenue quand elle s'étend sous trois unités ou davantage. Les zones blanches sont les nappes contenues dans une seule écorégion, sans enjeu de cogestion. La lecture utile est de repérer les nappes les plus partagées, celles qui appellent le dispositif de coordination le plus étoffé entre voisines.

Du département à l'écorégion

Je fais glisser d'une maille à l'autre pour voir comment le passage à l'écorégion redessine la part des territoires assis sur une nappe partagée.

Comment lire cette carte. Le curseur partage l'écran : à gauche la part de surface assise sur une nappe partagée par département, à droite ramenée aux vingt-trois écorégions. Plus la teinte est soutenue, plus l'unité repose sur une ressource qu'elle doit cogérer avec une voisine. Faites glisser le curseur pour comparer les deux mailles. Le passage à l'écorégion fait fondre la part coupée : une frontière de bassin traverse moins souvent une nappe qu'une limite départementale, tracée sans égard pour l'eau.

Ce qu'il faut en retenir

Au seuil de deux pour cent, les départements coupent soixante-six pour cent des nappes ; les vingt-trois écorégions n'en coupent que vingt-deux pour cent, cent quarante et une sur six cent trente-neuf, dont cent dix à deux unités seulement. Le découpage par l'eau fragmente donc trois fois moins la ressource souterraine que la maille départementale, et moins aussi que les régions ou le scénario à douze. Reste à nommer ces coupures pour les cogérer, non à redécouper.