À quoi sert cette page ? Elle traite l'objection récurrente contre le grain fin : deux départements sur trois sont traversés par une frontière d'écorégion. La page montre que ce chiffre n'est pas un défaut du tracé mais la conséquence assumée de partir de l'eau plutôt que d'un maillage administratif hérité.
L'objection la plus fréquente contre le grain fin vise un seul chiffre. À vingt-trois écorégions, deux départements sur trois, soit environ soixante-six pour cent, sont traversés par une frontière d'écorégion. Formulé ainsi, le tracé paraît maltraiter une maille familière, dotée de services et d'élus. L'objection semble décisive. Elle ne l'est pas, et il vaut la peine de dire pourquoi.
L'histoire du département éclaire déjà la faiblesse de l'objection. Les limites départementales ont été tracées à la fin du dix-huitième siècle selon une logique d'accessibilité, pour qu'un habitant puisse rejoindre le chef-lieu dans la journée. Elles ont été posées à cheval sur les rivières et par-dessus les aquifères, sans égard pour le cycle de l'eau, qui n'était pas leur objet. Respecter scrupuleusement ces frontières, c'est donc adopter un maillage qui ignore par construction l'eau souterraine et coupe les bassins de surface en leur milieu. Le confort administratif se paierait alors d'une infidélité à la matière que le découpage prétend précisément servir.
Le reste se mesure. Les variantes qui refusent de couper le moindre département existent, et elles ont été testées : les six grandes régions calées sur les régions actuelles, les blocs de départements agrégés à huit, dix, douze et quinze unités. Toutes affichent zéro département coupé. Mais ce zéro a un coût caché, qui grandit avec le nombre d'unités : plus l'assemblage de départements se fait fin, plus il tranche les nappes. La variante à huit coupe déjà près d'un cinquième des masses d'eau souterraines, celle à douze davantage, celle à quinze près d'un tiers. Préserver la frontière départementale revient à disperser l'eau souterraine, exactement ce qu'un découpage de l'eau doit éviter.
Reste la portée réelle d'une coupe, qui n'est pas la même selon la nature de ce qui est coupé. Une frontière d'écorégion qui traverse un département ne supprime ni le département ni ses services ; elle rattache ses parties à l'unité de bassin cohérente avec l'eau qui y circule. Rien n'empêche un département d'appartenir à deux écorégions, comme il appartient déjà à plusieurs bassins versants. Couper une masse d'eau souterraine, en revanche, disperse la gestion d'un même aquifère entre deux assemblées, ce qui appelle une coordination qui n'allait pas de soi. La hiérarchie des coupures compte : le tracé accepte de traverser des départements précisément pour couper moins d'aires urbaines, moins de bassins de vie et moins de nappes que les variantes qui sanctuarisent le département.
Le nombre élevé de départements traversés n'est donc pas un défaut du grain fin, mais la trace de ce qu'il choisit. Partir de l'eau, c'est accepter que les frontières de l'eau ne coïncident pas avec celles d'une administration héritée. Le débat gagnerait à déplacer la question : non pas combien de départements sont coupés, mais ce qu'un département coupé change réellement à la gestion, une fois admis qu'il appartient déjà à plusieurs systèmes hydrographiques. Ce que ces mailles permettent ensuite en matière de compétences et de décision relève de l'espace consacré à la décision.
Un département coupé ne perd ni ses services ni ses élus : il appartient déjà à plusieurs bassins versants. Couper une nappe, en revanche, disperse la gestion d'un même aquifère. Les variantes qui sanctuarisent le département affichent zéro coupe administrative mais tranchent jusqu'à un tiers des nappes. La hiérarchie des coupures justifie de traverser des départements pour préserver l'eau souterraine.