Relief et pentes

À quoi sert cette comparaison ?

Le relief teste si une maille de gestion réunit des pentes cohérentes. Il ne fournit pas un critère de tracé pour les écorégions, dont la brique reste le bassin versant, mais une vérification : une écorégion à pentes homogènes signale un milieu interne cohérent, une écorégion composite signale une diversité à prendre en compte dans la programmation. Ce que le relief n'apporte pas, c'est une raison de redécouper : couper le continuum amont-aval selon la pente romprait la solidarité hydraulique que le bassin institue.

Le relief est l'un des trois déterminants qui commandent le fonctionnement des cours d'eau, avec la géologie et le climat. Il fixe la pente, donc la vitesse de l'eau, sa capacité à transporter des sédiments, la manière dont une crue se forme et se propage. Comparer les contours sur leur relief revient à demander si une maille de gestion réunit des pentes cohérentes ou si elle rassemble, sous un même nom, des mondes physiquement opposés.

Les hydro-écorégions, définies par Wasson et ses collègues en 2002, tirent une bonne part de leur découpage de ce paramètre. Une hydro-écorégion de montagne et une hydro-écorégion de plaine sédimentaire ne se ressemblent en rien du point de vue de la pente, et c'est précisément ce que le classement écologique cherche à isoler. La répartition des pentes par hydro-écorégion montre des ensembles resserrés : chaque type de milieu tient une gamme de pentes relativement homogène.

Répartition des pentes par hydro-écorégion

Comment lire ce graphique. C'est une boîte à moustaches, un diagramme par hydro-écorégion. Chaque hydro-écorégion occupe une ligne ; l'axe horizontal porte la pente, du plat au raide. La boîte couvre la moitié centrale des pentes rencontrées dans l'unité, le trait au milieu marque la valeur médiane, les moustaches s'étirent vers les valeurs extrêmes. Une boîte étroite dit un milieu de pente homogène ; une boîte large dit un milieu qui mêle plat et pente. Le graphique montre ici que chaque type de milieu tient une gamme resserrée : c'est le résultat attendu d'un classement bâti pour isoler des milieux, et c'est bien ce qui distingue les hydro-écorégions du bassin versant, lequel réunit délibérément des pentes contrastées.

L'écorégion hydrographique, elle, ne cherche pas cette homogénéité. Bâtie sur le bassin versant, elle réunit délibérément l'amont et l'aval. L'Isère-Durance en donne le cas extrême : elle court du delta rhodanien, à l'altitude nulle, jusqu'à plus de quatre mille mètres dans les Alpes internes. Elle traverse au moins quatre hydro-écorégions de niveau 1, dont les Alpes internes pour quarante-deux pour cent de sa surface et les Préalpes du sud pour vingt-six pour cent. La Loire amont, la Dordogne, la Garonne, le Rhône, le Var et Argens, l'Adour, la Saône partagent cette signature : un relief d'amont et une plaine, réunis parce que l'eau les relie.

Cet écart n'est pas un défaut à corriger, il traduit un choix. Découper une écorégion selon ses pentes pour obtenir des unités homogènes de milieu donnerait, pour l'Isère-Durance, deux ou trois entités distinctes qui couperaient le continuum amont-aval. L'amont alpin et l'aval de basse plaine deviendraient deux circonscriptions sans lien institutionnel, alors qu'elles gèrent les mêmes masses d'eau et la même ressource. Là où le relief est le déterminant du milieu, la frontière entre deux hydro-écorégions ne coïncide pas avec un point de rupture dans la solidarité hydraulique.

À l'inverse, en plaine sédimentaire, la logique du bassin et celle du milieu convergent. La Seine centrale repose entièrement sur les Tables Calcaires, les Bassins bretons sur le socle armoricain, la Corse sur son socle granitique unique. Dans ces cas, l'écorégion présente une dominance très forte dans une seule hydro-écorégion, supérieure à quatre-vingt-dix pour cent, et l'argument du relief homogène et l'argument du bassin versant se renforcent mutuellement.

Ce que le relief apporte à la comparaison n'est donc pas un critère de tracé pour les écorégions, mais une vérification. Une écorégion à pentes homogènes signale un milieu interne cohérent ; une écorégion composite signale une diversité interne à prendre en compte dans la programmation, sans qu'elle remette en cause la maille de gestion.

Du département à l'écorégion : la pente

À gauche la pente moyenne par département, à droite ramenée aux vingt-trois écorégions. L'écorégion réunit l'amont montagneux et l'aval de plaine d'un même bassin : sa pente moyenne, de un à dix-sept degrés selon les unités, lisse ce que la maille départementale tranche.

Comment lire cette carte. Le curseur au centre partage l'écran : à gauche la pente moyenne par département, à droite la même pente ramenée aux vingt-trois écorégions. Faites-le glisser d'un bord à l'autre pour passer d'une maille à l'autre sur le même fond. Plus la teinte est soutenue, plus la pente moyenne est forte. Ce qu'il faut regarder n'est pas une unité isolée mais le contraste général : à droite, l'écorégion réunit dans une même valeur l'amont raide et l'aval plat d'un bassin, là où la maille départementale, à gauche, isole des morceaux de versant.

Ce qu'il faut en retenir

La pente moyenne des vingt-trois écorégions s'étale de un à dix-sept degrés selon les unités, parce que chacune réunit l'amont et l'aval d'un même bassin. Cette hétérogénéité est assumée : elle ne condamne pas le découpage, elle désigne les écorégions composites où la programmation devra distinguer les milieux en interne.

Voir aussi

  • Climat actuel et projeté
  • Les hydro-écorégions HER